5 leçons pour lancer sa revue “non-conformiste”

Vous êtes jeune, vos poils poussent, et vous êtes révoltés par le monde moderne et sa vulgarité. Tels Fabrice Del Dongo ou Musset, vous avez la nostalgie des grandes épopées, et vous voulez que tout le monde le sache. Un moyen commode pour partager vos goûts et dégoûts du jour serait de lancer votre propre revue « non-conformiste ». Problème : vous ne savez pas comment faire. Rassurez-vous, La Camisole vous donne quelques conseils :

1) Dites toujours la même chose. 
Rappelez régulièrement à votre lectorat – soit vous et vos quelques amis – votre dégoût du monde moderne. La répétition étant la base de la pédagogie et le lectorat étant idiot par définition – sinon, il n’aurait pas besoin de lire -, ne cherchez pas à faire original. Trouvez-vous un créneau, quelques phrases toutes faites, un catalogue d’auteurs fétiches, et répétez tout cela à l’encan (par exemple, vous pouvez pourfendre l’horreur du monde moderne, appeler au retour de l’Esprit, défendre la conciliation de l’écologie et du catholicisme, …).

2) Sachez faire preuve de complexité.
Vous avez appris en khâgne à problématiser un sujet, à offrir une définition nuancée de chaque terme, bref, à enculer les mouches. Essayez donc de faire en sorte que chacun de vos articles ressemble à une longue introduction de dissertation, en rappelant toujours que « les choses ne sont pas si simples », sans jamais donner la moindre solution, la moindre réponse, car ce serait de mauvais goût, et utilitariste…

3) Honni soit qui Péguy ne cite.
Citez Péguy coûte que coûte, même si vous ne l’avez pas lu. Tâchez d’ailleurs de prendre un air pénétré en le faisant, avec le regard fuyant à l’horizon et en passant la main dans vos cheveux, ainsi que lorsque vous parlez d’ « Absolu », de « l’Esprit contre la Matière », de la « Foi », de la « Mystique », etc… Si, de surcroît, vous avez le teint blême du jeune homme phtisique – qui aurait convenu à un séminariste du XIXème siècle, à un intello sartrien des années 50 ou à un assidu des bars gays et backrooms parisiens d’aujourd’hui -, c’est le jackpot ! (NDLR : fonctionne aussi avec Léon Bloy)

4) Soyez plus à gauche que la gauche.
Cherchez sans arrêt à concurrencer la gauche sur son propre terrrain. Tout jeune rédacteur de revue « non-conformiste » est un peu archéologue des idées. Citez donc des fossiles de la pensée : marxistes orthodoxes ou non, communistes « terroir » à la Clouscard, et autres penseurs à la mords-moi-le-Michéa. Vous vous couperez de votre milieu droitier d’origine, sans pour autant parvenir à séduire les milieux de gauche, qui vous tiendront toujours pour suspects car, au fond, réactionnaires. Vous serez incompris de tous, et pourrez vous en désoler, des trémolos dans la voix et un regard de chien battu dans les yeux – mais de toute façon, vous aimez jouer les incompris et en éprouverez une certaine jouissance.

5) Fréquentez les bars de merde situés dans des quartiers à la con. 
Vous êtes de droite, mais vous voulez apparaître de gauche, branché – et comme l’Alzheimer de Mamie se fait plus long que prévu, vous tardez à hériter et n’avez pas les moyens de vous payer des verres dans les bars des Champs ou à Saint-Germain. Le hasard fait bien les choses, il existe un endroit idoine, avec ses trottoirs sales jonchés de déchets et ses bars pourris tenus par des exilés patibulaires : l’Est parisien. Privilégiez donc Belleville, la Bastille ou les Buttes-Chaumont pour vos réunions, soirées de lancement et dîners-conférences. Attention toutefois à ne pas trop fréquenter Ménilmontant et ses environs : les antifas du coin vous détestent et ne vous feront pas de cadeau (voir point n°4).

Voilà, vous avez tous les éléments pour lancer votre propre torchon qui vous voudra toute la sympathie et la reconnaissance de vos six amis parisiens et de leurs publications respectives. Au plaisir de vous lire bientôt !

La rédaction.

A propos de Clovis Deforme 19 Articles
Né à la fin du XXème siècle. A rejoint la Camisole en 2015. Elu à l'Académie française en 2058.

4 Comments

    • “Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles”, Indira Gandhi dixit. A la Camisole, nous sommes des gens très heureux.

    • Ça manque de références péguystes, mais c’est bien essayé quand même. Courage, vous êtes sur la bonne voie !

Laisser un commentaire