« Leather Teeth » de Carpenter Brut : de l’acide coupé au sirop de fraise ? 

De Carpenter Brut, on ne sait pas grand chose, si ce n’est que ce projet musical est apparu sur les radars en 2012, mené par un musicien poitevin qui, en dépit de ce handicap, fait preuve d’un grand talent. Après une série de mini-albums, regroupés en une anthologie Trilogy, et un live sobrement intitulé CARPENTERBRUTLIVE, Carpenter Brut revient avec Leather Teeth, premier véritable album sur lequel il y a beaucoup à dire.

Avouons tout d’abord que ce qui nous avait enthousiasmé dans la musique de CB, c’est son côté bourrin, une électro gentiment rétro, aux sonorités années 80 mélangées à des sons ultra-saturés lorgnant vers le heavy-métal et une rythmique bien binaire, le tout dans un univers esthétique proche des films du maître-ès épouvante John Caprenter et des séries-B horrifiques des années Reagan; disons, pour faire simple, que Carpenter Brut s’écoute très bien quand on a envie de s’adonner à la chirurgie en amateur, dans sa cave, défoncé au speed. Quid donc de ce nouvel opus ?

Le premier morceau éponyme, aux accents presque symphoniques, nous invite à replonger (mais attendions-nous vraiment une invitation pour cela ?) dans l’univers si particulier de Carpenter Brut ; c’est avec bonheur qu’on retrouve, sur une rythmique bien martelée, les coupes-mulets coiffées à la hache et les tailleurs à épaulettes pour dames tachés d’hémoglobine. Au deuxième morceau apparaissent les surprises : une section de chant apparaît sur « Cheerleader Effect », chanson mid-tempo par ailleurs beaucoup plus calme et moins sombre que d’habitude. Bon… Le morceau suivant, « Sunday Lunch », déroute aussi par son côté funky, et son solo de guitare très rock, mais se laisse tout de même écouter. Avec « Monday Hunt », en revanche, on revient à du bon gros « son », nous préparant à la décharge d’adrénaline d’ « Inferno Galore », morceau bien sauvage décrassant efficacement les synapses. Vient ensuite un passable « Beware the beast », à la partie de chant assez affreuse, à l’instrumentation un peu trop rock et pas vraiment originale. L’album se termine tout de même bien, avec l’excellent « Hairspray Hurricane », tonique et dark à souhait, et le tout aussi sombre mais plus calme, et donc plus inquiétant « End Crédits ».

Finalement, Leather Teeth n’est pas un mauvais disque (disons, pour paraphraser l’autre, que le bilan reste « globalement positif »). Déroutant, ça c’est sûr : plus dansant, moins macabre, avec un côté hard-rock/métal plus marqué. Il faut sans doute plusieurs écoutes pour commencer à l’apprécier vraiment, en passant d’ailleurs sur certaines pistes. Mais il est souvent difficile pour un artiste de s’essayer à changer de registre, surtout lorsque l’on s’est fait connaître sur un créneau particulier; pas déçus par la demie-heure de ce nouvel opus, nous gardons cependant espoir que le prochain album reviendra à des sonorités plus premières, plus primaires surtout, pour accompagner merveilleusement nos soirées sous méthamphétamines à découper des bébés au mixeur tout en enculant une carcasse de vache morte.

C.D.

Carpenter Brut, Leather Teeth, 2018, auto-prod.
Disponible ici:
http://www.noquarterprod.com/product-category/carpenter-brut/music/

A propos de Clovis Deforme 18 Articles
Né à la fin du XXème siècle. A rejoint la Camisole en 2015. Elu à l'Académie française en 2058.

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