De la Chine à l’Union européenne, le passage du dogmatisme idéologique à l’Ouest

Article extrait du numéro de décembre 2017

Un monde capitaliste dominé par un pays communiste, voilà le paradoxe vers lequel semble nous acheminer l’essor de la Chine, en passe de contester l’hyperpuissance américaine dans un futur proche qui nous ramènerait – temporairement – à une situation géopolitique bipolaire.

La Chine en 2018 : portrait d’un géant

Humiliée par les traités inégaux au XIXe siècle, autodétruite par le communisme au XXe, la Chine est aujourd’hui un géant économique et politique. Portrait de ce pays fantasmé par une certaine gauche, discrédité par une certaine droite, et souvent méconnu.

Le communisme réduit à la dictature civique

Peut-être vaudrait-il mieux parler de demi-paradoxe chinois, dès lors que ce pays a – nécessairement – abandonné tous ses attributs communistes en matière économique, pour atteindre son niveau actuel de développement. D’authentiquement communiste, il ne lui reste plus guère que son régime politique, comme l’ont cruellement rappelé la répression des manifestants de Tian’anmen en 1989, ou plus récemment l’incarcération des divers opposants à la politique du Parti unique. En tant qu’Européens attachés à l’idée de liberté, l’observation de la Chine communiste pourrait relever davantage de l’entomologie que d’une science sociale, tant la notion d’individualité demeure étrangère à ce peuple. Pourtant, malgré les apparences, les Chinois ne sont pas des fourmis, et la France et l’Europe ont des leçons à tirer de la stratégie économique que ce pays a brillamment menée depuis les années 1980.

Une économie pleinement capitaliste

Économiquement, la Chine ressemble à n’importe quel pays libéral dans la plus pure tradition capitaliste. Elle comporte des riches et des pauvres, des très riches même : 609 milliardaires, soit une cinquantaine de plus qu’aux États-Unis. Elle dispose de son propre paradis fiscal avec l’île de Hong Kong, elle favorise le libre-échange et la dérégulation de l’emploi pour favoriser l’industrie. Elle reconnaît l’économie de marché, et ses grandes entreprises sont cotées en bourse.

Son PIB a été multiplié par 5 ces dix dernières années, et par 62 depuis 1980. Pour un Français qui se félicite d’une croissance prévue à 1,8 % en 2017, ces chiffres semblent inconcevables.

Elle possède 57 des 214 Licornes (ces « startups » valorisées à plus d’un milliard de dollars), les États-Unis étant loin devant avec 108 et la France loin derrière avec son duo OVH-Blablacar.  Nous nous étonnons que les Chinois ne se révoltent pas contre le régime qui les prive de toutes les libertés civiques, mais loin des famines du Grand Bond en avant, la Chine actuelle leur garantit une progression de niveau de vie inégalée : +500 % entre 1980 et 2010. L’ouvrier des grandes industries chinoises est le seul ouvrier au monde qui puisse raisonnablement espérer un doublement de son salaire d’une année sur l’autre.

Réalisme politique et fantasme idéologique : le croisement stratégique entre les deux extrémités du continent

Comment expliquer le succès chinois ? En grande partie par le passage à une stratégie politique réaliste. Là où l’Union européenne n’est qu’un espace ouvert à toutes les prédations, la Chine est une puissance prédatrice.

Incapable d’imposer ses intérêts, l’Europe s’enfonce dans le dogmatisme libéral qui la dépouille

D’un côté du globe, se trouve l’UERSS corrompue, dirigée par un commissaire – Jean-Claude Juncker – responsable de l’évasion fiscale de nombreuses multinationales dans son pays d’origine le Luxembourg, et bénéficiant d’une impunité politique et judiciaire invraisemblable. Nous avons un État dont le rôle semble réduit à vendre les grandes entreprises qui ont réussi – souvent grâce à de lourds investissements publics, sinon nationaux –, fussent-elles d’importance stratégique comme Alstom ; et à racheter dans l’urgence des industries moribondes menacées de fermeture. Quand une crise politique éclate avec la Russie, le réflexe européen est d’annuler la livraison des Mistral et d’instaurer un blocus dont le seul effet aura été de détruire nos débouchés à l’export, en matière agricole notamment. Lorsque Google abuse de sa position dominante dans le marché commun, la Commission européenne lui tend, la main tremblante, une amende ridicule de quelques points de chiffre d’affaire déjà internalisée…

En Chine, abandon de l’idéologie communiste pour la pragmatique de la puissance

De l’autre côté du globe, en Chine, la situation est tout autre. Exclu depuis sept ans du marché chinois, Google est en train de négocier en ce moment, la queue entre les jambes, son retour à Pékin, assorti d’importantes restrictions comme le filtrage de ses résultats de recherche et le maintien au pays de toutes les données récupérées sur le sol chinois. Entre-temps, le concurrent national Baidu aura pu se développer et conquérir la quasi-totalité du marché local. Des parallèles similaires peuvent être dressés dans pratiquement tous les domaines qui échappent à la concurrence européenne : Facebook et Wechat, Amazon et Alibaba, Apple et Huawei, PayPal et AliPay, Uber et Didi…

L’impasse du dogmatisme libéral en France et en Europe

La France, et surtout l’Union européenne, ont renoncé à s’affirmer en tant que puissance. Cette posture les expose à la domination de leurs adversaires géopolitiques, dans un contexte de raffermissement des intérêts nationaux.

La realpolitik reste le paradigme des relations internationales

Seuls les Européens croient à la fable de la libre concurrence. Quand les États-Unis veulent conquérir un marché, ils commencent par emprisonner les dirigeants des entreprises concurrentes étrangères comme le cadre d’Alstom Frédéric Pierucci, et par leur infliger des amendes exorbitantes comme les 9 milliards de la BNP en 2014. Quand la Chine veut augmenter son produit national, elle utilise un arsenal d’efficacité comparable : fixation du taux de change, extinction des cours boursiers, interdiction des délocalisations (ironie de l’histoire), investissements publics massifs, réglementation sévère des marchés. Loin de l’appauvrir, ce protectionnisme stratégique est un ingrédient nécessaire à l’émergence de la Chine en tant que puissance : la Chine est ainsi le seul partenaire commercial qui soit vraiment respecté par les États-Unis ; son récent abandon du pétrodollar, qui aurait entraîné des sanctions immédiates chez tout autre pays, en est le signe.

L’idéologie libérale de l’UE au XXIe siècle a les mêmes effets que l’idéologie communiste en Chine au siècle précédent, en termes de puissance

Une volonté politique réaliste : voilà ce qui manque à l’Europe – de manière congénitale – et à la France – de manière plus conjoncturelle – pour s’offrir un destin de grande puissance. Hélas, cette heureuse perspective ne semble pas près de se réaliser. Ne venons-nous pas d’entamer notre Longue Marche avec Emmanuel Macron ? Comment ne pas faire le parallèle entre la pénurie du beurre et les disettes communistes, entre les commissaires européens et la nomenklatura, entre le Programme culture de l’UE et la Révolution culturelle du PCC, entre nos gros livres blancs et leur Petit livre rouge, entre leurs délits d’opinion et les nôtres, entre leurs cinq et nos douze étoiles ? Le croisement stratégique entre l’Union européenne et la Chine est patent : tandis que la première s’enfonce dans le dogmatisme ultra-libéral, au mépris de tout réalisme politique, la seconde a réussi à s’affranchir de la doctrine communiste pour s’imposer en tant que 2e puissance économique mondiale.

 

Louis d’Armor

A propos de Louis d'Armor 3 Articles
Gros con d'extrême-droite.

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