Chronique : « Révolution conservatrice » au Québec !

Non, ce n’est pas une chronique consacrée à un nouvel essai de Mathieu Bock-Côté, mais au dernier album en date du chanteur québécois Mononc’ Serge, qui depuis vingt ans sillonne la Belle Province avec ses chansons pour le moins clivantes, sa voix nasillarde et criarde, et son image de punk inclassable.

Mononc’ Serge est difficile à classer. Politiquement, il n’aime pas beaucoup Mathieu Bock-Côté, Péladeau et les conservateurs, et plus généralement ce qu‘il appelle le « nouvel ordre moral ». Il n’aime pas non plus les fédéralistes canadiens anglophones. Les indépendantistes québécois du P.Q. (ça ne s’invente pas) sont pour lui une cible privilégiée de ses moqueries musicales. Musicalement, Mononc’Serge se laisse pas davantage enfermer dans une case déterminée : tantôt country, tantôt rock, avec parfois des incursions dans la musique métal en duo avec le groupe de thrash Anonymus. Disons, pour faire simple, que c’est une sorte de libertarien sympathique qui distille une musique couillue, sans prétention mais avec beaucoup d’humour et de finesse.

La « Révolution conservatrice », expression qui fait florès sous la plume de commentateurs journalistiques pour la plupart incultes, utilisant ce terme commode pour désigner ce dont ils n’arrivent pas à cerner les contours, a donc inspiré le titre de la chanson éponyme de l’album, où Mononc’ chante, au second degré, le retour des valeurs morales, le combat contre l’incitation à la débauche régnant sur les ondes radiophoniques et télévisuelles, et entend proposer des idées saines pour la jeunesse. Ce thème du conservatisme en toc pour gogos de la Manif pour tous est également exploré avec humour dans le très blasphématoire « Ce Livre », ainsi que dans « La dictature de la vertu ».

Autre thème qui nous plaît : l’affirmation d’un « Droit à l’incohérence », véritable manifeste pour je-m’en-foutistes et/ou lunatiques, qui, comme nous, peuvent affirmer sans sourciller certaines choses un jour, et l’exact opposé le lendemain, avec la meilleure foi du monde; nous nous reconnaissons pleinement devant cette profession de foi de ceux qui ne savent pas où ils vont, et qui s’en moquent bien ! Dans le même esprit, la chanson « L’indifférence » nous sied bien: indifférence aux modes, aux bonnes manières, aux engagements citoyens… A cet appel à mépriser tout et tout le monde, nous répondons bien-sûr : présents ! D’autres titres réjouissants sont également à signaler, comme l’excellent « Energie cardio » qui moque comme il se doit les sportifs crétins s’épuisant sur des machines et donnant des leçons de morale sur l’hygiène de vie de chacun.

L’album est donc un sympathique brûlot individualiste et jouisseur, ce qui a l’heur de nous plaire. Peut-être un début de réconciliation entre « libéraux-libertaires » (comme disent les cuistres) de gauche et « libéraux-libertaires » de droite ?

Clovis Deforme

Mononc’ Serge, Révolution conservatrice, 2017, autoprod. 12 titres.
Disponible ici: https://mononcserge.ifmerch.com/fr/products/mononcserge-cd-ruvolution-conservatrice

A propos de Clovis Deforme 19 Articles
Né à la fin du XXème siècle. A rejoint la Camisole en 2015. Elu à l'Académie française en 2058.

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