Retour des Émirats : spirituelleries de l’islamo-beaufisme 2/2

Dans le premier volet de ce diptyque, notre rédacteur, de retour des Émirats s’est penché sur les ressorts de la puissance d’un pays qui, en quelque vingt années, s’est transformé en vitrine nitescente d’un futur que le monde regarde envieusement ; mais assez de panégyriques, son voyage lui a rappelé aussi toutes les vanités d’un peuple qui a comme subi ses avancées.

Il serait fâcheux de donner de l’encensoir à un peuple qui du reste n’a pas demandé grand-chose et n’aurait pas regimbé contre le tapis de prière sur lequel il est resté couché depuis le haut Moyen Âge : le génie d’une poignée de dirigeants ne doit pas dissimuler le fait que l’Émirien moyen raisonne comme une babouche, à considérer sans prendre son cul pour ses chausses que celle-ci est moins noble qu’une pantoufle.

À chacun de mes séjours aux Émirats, j’ai été accueilli avec une touchante affabilité par les hommes du désert. J’en ai rencontré un certain nombre à la Sorbonne d’Abu Dhabi. Les Émiriens ne côtoient pas les étrangers, en règle générale, et sont encore moins enclins à se lier d’amitié avec eux, surtout avec des Occidentaux, dont ils dissemblent par à peu près tous les aspects de l’anthropologie. En étant à leur contact, j’avais donc l’impression voluptueuse d’être un immigré d’exception, une sorte de goy plus juif que juif, un roturier fraîchement anobli plus royaliste que le roi.

J’ai côtoyé ces hommes journellement : on eût pu croire que vivre à leurs côtés, apprendre leurs coutumes, partager leurs rires et leurs tourments, observer la foi latitudinaire et relative de ces régnicoles qui ne mangent pas de la vache enragée mais boivent du lait de dromadaire m’arracherait aux doutes que j’avais envers l’islam et la culture arabe. Ce serait duper mon lecteur que de l’affirmer : la culture arabe, c’est pour les Arabes, en terre arabe.

Le Français encore épargné par le cancer mental qu’est le gauchisme ne peut s’empêcher de songer in petto à la contradiction criante qui lui apparaît s’il vient à fréquenter le peuple dont il est ici question : d’une inaliénable fidélité à la tradition, il est en même temps en quête inextiguible de la modernité la plus vulgaire. Une génération a suffi pour que le pays passât d’un niveau de développement inférieur aux premiers occupants de la Gaule à un État hypermoderne peuplé de sardanapales aux milliards encombrants. Inévitablement, le mode de vie de ces gens frise aujourd’hui la schizophrénie.

LA TRADITION BÉDOUINE, PAS DE QUOI EN FAIRE UN MUSÉE

Les vendredis de Dubaï

L’Émirien est élevé dans la tradition bédouine, dont l’islam fait partie intégrante. La famille joue un rôle fondamental ; famille, c’est-à-dire l’épouse, les parents, la dizaine, quinzaine, voire vingtaine de frères et sœurs, et les quelque cent à deux cents cousins. Au premier abord, cette volonté de perpétuer la race, au sens ancien du terme, peut sembler louable, d’autant que la population émirienne est fortement minoritaire sur ses propres terres. Il faut pourtant voir comment on s’y prend, chez les Bédouins, en matière de filiation. Pour cela, je me fonde sur les explications de mon ami Khalifa, prénom qui forme avec Mohammed, Abdallah et Ali, l’essentiel de la diversité d’appellation des enfants. Ce brave Khalifa m’a confié sans y trouver la moindre difficulté que sa mère avait enfanté douze enfants, le premier quand elle avait quinze ans, le dernier à vingt-cinq – une chance qu’il y eût des jumeaux dans l’affaire ! Les féministes parisiennes applaudiront sans doute une volonté de libérer la femme du fardeau de la procréation à un jeune âge ; il est vrai qu’à une telle cadence puerpérale, on ne saurait se plaindre que la mariée fût trop belle.

Vendredi, c’est le jour saint, le dimanche des musulmans. Les Bédouins se retrouvent en famille dans le majliss, une pièce particulière de la maison, sorte de salon rectangulaire et melliflu aux proportions démesurées, dans lequel l’amphitryon – en général le plus riche de la famille – reçoit ses neveux, ses frères, ses enfants. En France, la pièce principale est le lieu où l’on s’évertue à accueillir son hôte, dans le confort certes, mais surtout dans l’originalité : si la demeure peut être quelconque, le salon doit détonner, que ce soit par l’art qu’on y expose ou la bibliothèque qui y est installée, même si l’on n’y plonge jamais. Dans un majliss, point d’élément de distinction : de vastes fauteuils matelassés couverts d’édredons longent les murs de la pièce, au milieu de laquelle sont entreposés des tapis d’une excellente propreté, mais d’un rastaquouérisme insipide.

La modernité étant assimilée à de la culture, une monumentale télévision à écran plat trône sur un côté, rattachée à une console de jeux. Traditionnellement, le majliss était l’occasion de discuter, de régler les noises familiales et de s’échanger des faucons ou autres volucres. Aujourd’hui, on n’y parle plus guère, tant les convives sont rivés à leurs outils technologiques, installant dans la pièce un syncrétisme singulier.

De Trimalcion aux Émiriens

Lorsque sonne l’heure du repas, préparé par des servantes indonésiennes, c’est l’effervescence : on se rue dans la salle à manger, aux dimensions similaires, avec une table immense sur laquelle l’agneau et le poulet nagent dans des cratères de riz épicé. Là encore, on pense à la France, à l’étiquette, au repas divisé en plusieurs actes, au choix de la boisson qui l’accompagne, aux conversations qui s’en émanent. On s’étonne ici de l’absence de couverts. C’est normal, m’assure-t-on, c’est ainsi dans la culture bédouine. Dont acte, nous mangerons donc avec nos mains, et après tout, qui suis-je pour juger la culture d’autrui ?

Mais l’heure n’est pas aux pensées, encore moins à la conversation : une fois l’assistance assise, ce sont des milliasses de doigts velus, dont la pilosité dévore l’ongle sans peine, qui plongent dans les assiettes avec une foi qui transporte les montagnes. La sauce coule sur les bras, on s’en ressert, on tranche les extrémités des membres de la volaille et l’on y ajoute du riz, avec une manualité à rendre jaloux un garagiste portugais, les fioritures de la précédente bouchée engloutie trop vite se mêlant dans la barbe qui, quant à elle, demeure admirablement taillée. On rote, on se gratte, on lèche les contours de l’assiette, avec une concentration qui capte et gèle l’intégralité des ressources cérébrales pour le reste de la journée. En un quart d’heure, l’affaire est entendue, les hommes sont repus, et l’agneau est dans un bien piètre état. On se lève, on ouvre un Pepsi qu’on descend d’une traite et l’on retourne s’écrouler dans la doucereuse mollesse des sofas du majliss.

L’Émirien entre Émiriennes et Marocaines

Et les femmes ? Si elles disposent incontestablement d’un statut fort honorable dans l’espace public, où elles sont encouragées à faire des études et à accéder aux hautes sphères de la vie politique et économique, elles ne vivent pas de pair à compagnon avec les hommes, dont elles demeurent séparées dans le cadre privé. Enthousiaste à l’idée de rencontrer la mère de mes amis, ainsi que leurs sœurs, pensant même tirer un excellent parti d’une rencontre alliciante, je me suis vu refuser l’accès à l’endroit réservé aux femmes. J’ignorais qu’il est de ferme et intangible coutume bédouine qu’à la maison, les deux sexes ne se fréquentent jamais, si ce n’est pour les affaires de chambre.

Cette séparation des genres s’applique dès la plus tendre enfance et se perpétue à l’école. Même en société, il est rare de voir une femme émirienne en présence d’un homme, à moins que ce ne soit son mari. Les hommes sortent entre eux, les femmes entre elles. Le résultat de cette pratique, c’est une satyriasis exacerbée pour les hommes, qui se réfugient allègrement dans la compagnie d’hôtesses vulgivagues d’origine russe, libanaise ou marocaine ; ces dernières jouissant d’une solide réputation de femmes vénales, ce qui confirme la thèse plus générale selon laquelle le pays dont elles sont issues est un infect cloaque pourvoyeur d’immigrés à très basse valeur ajoutée.

Le désert, refuge à bécanes et déchetterie

L’activité principale des Bédouins, c’est le désert. Le désert, naguère encore habitat hostile, auquel on ne s’accoutumait qu’au sacrifice de l’espérance de vie, devenu aujourd’hui un terrain de jeu pour bolides héliogabalesques où les lazarones enturbannés trompent l’ennui de leur existence excessivement calme. Danc ce grand « quart vide » – c’est là la signification du désert du Rub al Khali – on peut maintenant commander un KFC, livré dans l’heure par quelque Indien sur mobilette au bord de l’aurotoute ourlée de détritus consumés : le désert, berceau des Bédouins et poubelle dans laquelle on jette des californies d’ordures.

SI LA MODERNITÉ NE VIENT PAS À MAHOMET, IL FAUT ALLER À ELLE

Le mall et le portable : les deux idées fixes de l’Émirien

Les Émiriens trouvent un refuge sincère à la modernité dans la culture bédouine, qui les conforte dans leur identité et les distingue de la population immigrée. Cette culture, érigée en ciment de la cohésion nationale, fait fureur auprès des touristes ébahis venus de Chine ou du Japon, prêts à s’extasier devant un rien en mitraillant de photos un postiche de scène de vie traditionnelle dans les allées d’un centre commercial. Les centres commerciaux – ou malls – sont l’illustration topique de l’ambivalence schizophrénique qui caractérise la société émirienne.

Le Prophète n’était pas un franc partisan des libertés individuelles. Tout islamocéphale conséquent sait fort bien que le Coran regorge d’interdits et de règles de vie que Mahomet jugeait essentiels à la bonne conduite de ses sujets étourdis. Les impératifs catégoriques édictés par le Livre saint des porcinophobes étaient censés élever l’âme et préserver le fidèle des choses méprisables. Force est de constater que l’Émirien du XXIe siècle n’est pas l’idéal de religiosité conçu il y a quatorze siècles.

La foi du charbonnier est aujourd’hui indéfectiblement accolée au consumérisme le plus oblivieux et le plus aliénant. Les malls à Dubai ont proliféré comme les rats à Paris, à tel point qu’on y compte un ratio de boutiques par habitant suffisant pour détourner le cerveau des habitants de toute autre occupation que la consommation. Habile stratégie, pour les dirigeants, que celle de maintenir avec certitude leur pouvoir par la nouvelle religion des âmes perdues : la diffluence de l’islam, trop abrupt, trop hermétique, trop amorphe, mué en pélerinage quotidien vers les nouveaux saints de la rentabilité. On ambule dans les malls comme dans les musées, on flâne devant les boutiques internationales qui donnent à la France un rayonnement singulier – Hermès, Louis Vuitton, Dior, Givenchy… Le mall est lieu d’achat et lieu de promenade, lieu de rencontre et de repos, de visite et de rendez-vous, tout à la fois, sans distinction aucune. L’Émirien y est comme un petit pois dans sa cosse.

Un autre élément significatif de la vacuité de cette société est l’utilisation pathologique du téléphone portable, et la dépendance aux réseaux sociaux. On croyait que le mob estudiantin de Paris, partageant ses maupiteuses journées dans le métro, sur les bancs de sa sinistre faculté, ou étendu perinde ac cadaver dans sa chambre, ne pouvait être dépassé en termes d’oisiveté. C’était sans mesurer la prodigieuse inclination de l’homme des sables à pianoter sur ses Iphones – le chic, c’est d’en avoir un pour les réseaux sociaux, et un autre pour les appels. Snapchat et Instagram sont devenus la nouvelle Sunna. Rien d’illogique quand on songe que ce sont les deux réseaux sociaux qui favorisent au plus haut point la culture du paraître et le narcissisme. Tout est voué à être filmé et envoyé à sa communauté. On ne conduit d’ailleurs que d’une main, l’autre étant réservée au téléphone, qui accompagne chaque mouvement d’une journée, à tel point qu’on se demande si Mahomet n’eût pas mieux fait d’inscrire les réseaux sociaux sur la liste des hudud, les crimes capitaux allant à l’encontre de la « Loi de Dieu ». Dans une société où la religion régit encore les rapports humains, particulièrement les rapports d’homme à femme, on comprend aisément que la virtualité tienne office de refuge pour animaux aux fantasmes fervides.

La hiérarchie des races, unique source de la Weltanschauung du Bédouin

Le portable et le mall, deux instruments par lesquels l’Émirien peut s’assimiler avec avec fierté à l’Occidental tant fantasmé. Car Le Bédouin est un être essentiellement, ontologiquement raciste. Et pas de ce racisme niais et prétendument positif qui réfute la hiérarchisation des races humaines : un racisme qui considère autrui non à l’aune du génie civilisationnel de son ethnie ou de sa culture, mais au simple aspect de son teint.

Appuyons sur cette chanterelle : devenu plus riche que le reste de la planète, l’Émirien juge explicitement l’étranger par rapport à sa couleur de peau et n’a cure des « clichés » que l’Europe occidentale s’efforce de combattre sans trêve. Dressons un inventaire : la population majoritaire, aux Émirats, c’est-à-dire celle issue du sous-continent indien – Inde, Pakistan, Népal, Bangladesh, Sri Lanka – est au-dessous de la fange de dromadaire, mais un poil plus acceptable que les Noirs, très peu présents dans le pays ; l’Afrique est en effet considérée comme le troisième dessous de la Terre, l’écrasis de l’humanité, la contrée peuplée des êtres les plus méphitiques du monde. Le Maghreb n’est pas en reste, considéré comme l’islam empuanti, dont les membres se laissent aller à tous les déportements de l’esprit et de la chair. Les Chinois sont regardés avec méfiance. L’Amérique et l’Europe occidentale, au premier chef la France, jouissent seules du respect et de la considération de ces Messieurs ensablés. Quant au reste du monde, ils ne l’ont pas encore remarqué sur la carte.

Une société schizophrénique

En somme, cette société produit l’exploit nervicide d’associer la bigoterie la plus obscure aux plus viles métastases de l’ère contemporaine : se rendre aveuglément chaque jour à la mosquée – en faisant un selfie à son entrée -, acheter chat en poche des produits dernier cri, s’empiffrer de la pire ragougnasse anglo-saxonne, fanfaronner sur Snapchat et Instagram… L’islamo-capitalisme a trouvé ses séides : le Coran comme seule référence littéraire et philosophique – allez trouver une quelconque bibliothèque chez un musulman -, le mall et le téléphone comme seuls compagnons de vie.

Les Émirats sont un néant de culture, un zéro de transcendance. Aucun autre souffle que celui du chammal, ce vent à l’origine des tempêtes de sable, ne porte à incandescence les dispositions de l’âme, chez ces hommes du commun des martyrs. Si l’on considère l’adan, cet appel à la prière bien connu d’Hubert Bonisseur de la Bath, le mall et Snapchat comme des attributs non négligeables de civilisation, alors il faut courir aux Émirats – et le partager sur Instagram – en pensant au comte de Ségur : « nos projets de fortune, de grandeur, de pouvoir, de gloire et de félicité, sont les châteaux de cartes [de crédit] de notre enfance virile ».

Lépante

1 Comment

  1. Excellent compte-rendu de voyages qui reflète parfaitement la fascinante ambivalence de cette réussite émiratie au goût de pop-corn éclatant sur le sable brûlant !

    La différence stylistique entre les deux volets du dyptique, liée sans doute à deux époques de rédaction, correspond parfaitement aux deux faces de cette médaille du désert.

    Au recto l’extraordinaire réussite technique d’une terra-formation menée avec intelligence et sens de l’état, même si elle le place en surplomb d’un effondrement vertigineux.

    Au verso, que seule l’immersion permet de bien voir, la désespérante condition que procure cette cage dorée, tant aux maîtres qu’aux esclaves, unis dans la crainte de la chute de cet empire hydroponique.

    Merci pour le vocabulaire huysmanien et bon retour en terre (d’Action) française, malgré le choc de l’arrivée à Roissy !

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