Editorial du numéro d’hiver : 1917-2017, un siècle de cancer communiste

Editorial du numéro d’Hiver. 

 

Pataugeant en pleine absurdité, l’URSS s’affairait en 1936 à liquider son état-major, qui lui aurait été pourtant d’un secours précieux au moment d’affronter le commandement teutonique dont tout le continent avait déjà éprouvé la supériorité. Sous le joug de Staline, les procès, « de Moscou », voyaient vétérans et cadres militaires s’accuser de crimes imaginaires,  sous les yeux ébahis du vaste monde.

Un délire, pour peu qu’il soit ordonné, peut faire halluciner bien des crimes. Kafka nous avait prévenus. Et le récit d’Arthur Koestler en révélera peu après la mécanique. A ce moment précis, la France devait toutefois leur préférer Dostoïevski. Nos gazettes croyaient discerner dans ces aveux de hauts gradés soviétiques, la sincérité d’un sentiment coupable auquel l’âme russe inclinerait depuis Raskolnikov ; personnage de Crimes et Châtiments achevant son supplice moral par un aveu criminel. Regardant la Russie comme un pays inquiétant et lointain, la presse de l’entre-deux guerre rappelait son caractère culturel pour voiler la nature essentiellement politique du régime de terreur installé vingt ans plus tôt par Lénine.

Grisés par leur intelligence, les sachants tenaient pour réaliste d’analyser le régime soviétique comme le prolongement du caractère russe dans la modernité ; et pour lucide de réduire l’idéologie qui l’animait à presque rien. Depuis longtemps le réel s’était chargé de les abuser.  Baigné de mysticisme, mu par une volonté de puissance impériale et par un régime d’oukases et de bureaucrates, le caractère éternel de la Russie devait se surimposer aux constructions politiques nées de la révolution de 1917. Le bréviaire orthodoxe était remplacé par le « que faire ? » révolutionnaire de Lénine, les propriétés collectives de la terre devenaient des kolkhozes ; tandis que le pouvoir, éprouvé par plusieurs décennies de guerre clandestine, appelait le peuple au sacerdoce et à l’abandon de soi. Et les finasseries de Staline s’acharnant à trouver en Europe un allié de revers face à l’Allemagne évoquaient un souvenir si frais et vif dans l’histoire impériale Russe, qu’il ne semblait pas totalement ridicule d’en faire le digne héritier des Tsars.

 

L’ambiguïté originelle du socialisme

Spengler décrivait dans le Déclin de l’Occident cette révolution involontairement religieuse et nationale comme une « pseudo-morphose ». L’impérialisme Russe devenait communiste et l’Empire pouvait légitimer son déploiement par un généreux prétexte idéologique. Plusieurs fois dans l’histoire, le communisme s’est retrouvé dans la position paradoxale de devoir agir comme un conservatoire. “le pineau des charentes plutôt plutôt que le Coca-Cola” répétaient en 1945 les militants du PCF, parfois héros de la résistance, dont le caractère ferme et impétueux devait séduire celui de la France. Comme les pays d’Europe de l’est, communistes il y a encore vingt ans, manifestent aujourd’hui une fraîcheur politique que n’a pu diluer ni la mondialisation américaine, ni l’hédonisme occidental.

Et sur cette (réelle) ambiguïté du socialisme prospèrent aujourd’hui toutes les confusions politiques. Ignorant la nature essentielle des révolutions, de grands esprits n’en retiennent que les paradoxes involontaires qui font toutes les aspérités de l’histoire humaine. Comme aux dernières présidentielles, les partis nationaux cèdent à une démagogie socialiste qui correspond pourtant si peu à leur nature et moins encore aux réalités du temps. Tandis que des essayistes saltimbanques étouffent toute pensée réfractaire par leur débauche sémantique et leur prose brouillonne ; laissant à une jeune droite le curieux défi de sa propre renaissance et la nécessité d’exorciser d’elle-même tous les possédés de l’utopie égalitaire.  

 

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