Michéa et les saltimbanques de la droite socialiste

Jean-Claude Michéa est devenu en quelques années le prophète improbable de nouveaux réactionnaires tentant d’associer la critique du capitalisme à celle de l’hédonisme contemporain. Cité par les éditorialistes, journalistes politiques et conceptualisateurs de plateaux télévisés, il séduit à droite où beaucoup tentent de récupérer les médiocres haillons de pensée dont la gauche ne veut plus. Derrière ce succès éditorial et cette oeuvre dont tout le monde parle mais que personne n’a lue, on découvre pourtant une prose bien médiocre au service d’une pensée qui nous conduit à la mort de toute conscience politique…

 

Généalogie d’une imposture intellectuelle pernicieuse 

En Angleterre comme en France, un peu de jus de crâne rend tous les mauvais desserts politiques digestes. En avril dernier, Theresa May précipitant des législatives anticipées, semblait en mesure d’offrir aux tories,  une ferme hégémonie politique sur l’île. Fait inattendu des Bookmakers : Face à un labour plus rouge que jamais, elle dut batailler ferme en juin pour conserver une majorité rétrécie aux communes. Ouvrant sa campagne manquée par l’affligeant manifeste de l’altruisme conservateur, elle et son parti avaient fait du reniement de l’héritage tory la plus habile des tactiques. Pensant que l’Angleterre était lassée de l’austérité et du conservatisme,  la droite faisait d’elle une grande kermesse scolaire où il était loisible de dénicher toute camelote intellectuelle ; de la rhétorique pro-business aux transports publics et du hard brexit à la lutte contre les discriminations raciales ; ou mieux encore, la promesse de raser gratis offerte par l’abandon du conservatisme pénitentiel.

Depuis longtemps, la droite anglaise était travaillée par des forces curieuses. Red-torysme, anarchisme tory… et autres syntagmes ne voulant pas forcément dire grand’chose ; imaginés par des intellectuels désœuvrés et convaincus que le conservatisme, pour son succès,  devait adopter la forme, le discours et les indignations d’un collectivisme ronchon. Instruite de ces salmigondis, Madame le Premier ministre fut incapable de défendre son non-discours dont la prose imbécile révélait au peuple britannique le vide idéologique abyssale ; et avec lui, celui de toute la droite anglaise.

 

Une nouvelle droite socialiste ?

 

On disait de Theresa May en Angleterre qu’elle avait manqué sa confrontation avec Jeremy Corbyn. En France, les nationaux ont également souffert. Pour ne rien dire de son débat glorieux, nous savons que les postures socialistes de Marine Le Pen furent un repoussoir pour les électeurs de droite ; dont  beaucoup s’échouent aujourd’hui dans l’ignorance de leur propre nature.  Or que peut incarner la droite dans la société sinon l’appel au respect des hiérarchies, le dépassement du ressentiment, la liberté et l’autorité, l’héritage et la transmission, la défense de l’ordre et de la civilisation, l’alliance de toutes les classes sociales au service du bien public ? Autant d’éléments contraires à toute velléité socialiste, mue par le ressentiment, l’audacieuse idée que la société serait à refaire de bas en haut, que les pauvres seraient des rois détrônés, des papes qui s’ignorent, assommés de toute éternité par les gras possédants dont ce serait l’unique et bon plaisir.

Que le socialisme puisse être aujourd’hui revendiqué par des « conservateurs » surprend. C’est à ce titre, qu’un fait a  retenu l’attention de notre rédaction. Il n’est peut-être pas capital mais il a suffi que Le Monde s’en émeuve pour qu’il devienne un phénomène politique. En janvier de l’an 2017, le grand quotidien du crépuscule écrit :

«  Il ne faut pas passer trop vite les premières pages du livre de Jean-Claude Michéa, Notre ennemi, le capital, qui paraît le 11 janvier (Flammarion, « Climats », 314 pages, 19 euros). Quelques phrases d’un hommage inattendu ouvrent en effet la démonstration. « Je remercie évidemment toute l’équipe du site Le Comptoir (…) pour son initiative et sa collaboration. »

Ici visé, une génération de conservateurs « sans complexes » et si peu complexés par leur conservatisme qu’aucun ou presque ne le revendique. Ils se regrouperaient autour de la revue militante Le Comptoir, ouvertement communiste,  et de quelques autres publications plus élaborées.  Et la grande presse déduit du relatif succès de l’essayiste Jean-Claude Michéa, jadis si humble professeur de lycée, le signe d’un inquiétant «  retour des conservateurs. »

Anarchiste tory et le retour d’Orwell

Le rapport entre le socialisme et la droite nous semble aussi lointain que celui entre le supplice de la baignoire à la cure thermale. À en croire Le Monde, des jeunes gens, plus vieux et intellectuels que nous, sont désormais convaincus de sa pertinence. Depuis son ouvrage Orwell, anarchiste tory paru en 1995, l’auteur incriminé par Le Monde, Jean-Claude Michéa a séduit tout un public marginal. Important la pensée d’Orwell en France, il cherche à définir la singularité du socialisme anglais. Chartisme, Rebeccaïsme, Whigisme… l’Angleterre est bien comme l’affirmait Barbey « le chaudron de toutes les révolutions » et son indigent prolétariat en a fait un terreau à bavardages socialistes plutôt fertile. Or si les réactionnaires un peu bas de plafond l’ignorent, son essence révolutionnaire masquerait la révélation d’une sagesse ancienne. Pour le vieux socialisme anglais, le peuple serait nanti d’une claire conscience de ce qui « se fait » et de « ce qui ne se fait pas ». Il agirait spontanément de manière généreuse et désintéressée. L’essence de sa supériorité serait morale. Orwell parle alors d’une « common decency » que le peuple posséderait en propre. Plutôt que d’assouvir sa volonté de puissance, jusqu’à s’enfoncer dans le tonneau des danaïdes en ouvrant toutes les boîtes de Pandore, le peuple serait en fait sage comme une image. Il préférerait la toute simplicité des choses simples, la vie ordinaire, la rosée du matin, le roast beef du dimanche et le sourire de la crémière. Il n’aurait d’autre ambition que l’humble héroïsme dans  l’accomplissement de sa simplicité. Et les sept plaies du monde seraient en vérité toutes celles de l’ambition, de la concupiscence, de la vénalité des puissants dont le peuple serait préservé par son immémoriale, immatérielle, immortelle et bien sûr ordinaire décence. Et c’est tout cela que Michéa retient du « socialisme » d’Orwell. Et quid du nôtre ?

Michéa voit qu’en Angleterre, en France et en Europe, le socialisme contemporain ressemble fort peu à la proposition originelle d’une société stable et décente. L’analyse s’amorce sur un constat général : en Angleterre comme en France, les partis socialistes ne sont plus que le nom de grandes choses. De lois Hartz en tournants de la rigueur, la gauche a abandonné la cause du peuple, qui d’ailleurs le lui rend bien. Les ouvriers ne votent plus socialiste depuis longtemps, souvent séduits par des discours droitiers sur la valeur travail ou extrême-droitiers sur la défense de son identité culturelle.

Au fond rien de très nouveau sous le soleil de l’analyse. Tous les éditoriaux le répètent à chaque branlée électorale du parti socialiste. Fallait-il donc dix livres pour l’écrire, ce qui ne peut être qu’un bal commun journalistique ? L’auteur ambitionne d’expliquer ce phénomène en se plongeant dans l’histoire des idées. Ses causes seraient anciennes et trouveraient leur origine dans l’avènement du libéralisme.

Une révision singulière du libéralisme

 

Rompant avec l’organisation théologique du monde, la philosophie moderne consacre l’autonomie du sujet et la souveraineté du peuple. Mais ce que l’on nomme « liberté » apparaît bien équivoque. Dans un cas, il s’agit de penser la participation du plus grand nombre aux ensembles collectifs (Etats, nations, sociétés) et d’assurer la liberté du corps politique (Machiavel et Rousseau) ; dans un autre, il s’agit d’assurer la liberté privée des individus et le droit à chacun de s’accomplir en jouissant de son autonomie (Adam Smith et l’Encyclopédie). Deux libertés : la liberté-participation et liberté-autonomie. Et selon Michéa, c’est la deuxième version du libéralisme qui l’a emporté.

Ainsi, le libéralisme économique (marché concurrentiel, salariat…) et le libéralisme culturel (émancipation individuelle, libération des mœurs) se confondent en une même unité philosophique. Tous visent à l’autonomisation du sujet par rapport à son groupe social, culturel d’origine. Du constat de cette autonomisation, Michéa redoute une atomisation qui réduirait les sociétés à un grand marché concurrentiel d’ego contradictoires où chacun chercherait à assurer son ambition personnelle pour le plus grand malheur collectif.

Or dans nos démocraties contemporaines, les deux concurrents politiques, gauche et droite apparaissent comme les deux détaillants du même grossiste libéral. Si la gauche prétend encore combattre les effets du libéralisme économique (injustices, inégalités sociales…) ; elle en chérit toujours les causes en discourant sur l’accomplissement individuel que vient concrétiser ses lois dites « sociétales » comme le mariage homosexuel. Et si la droite demeure associée à la défense de l’ordre et la civilisation ; son libéralisme économique l’enferme dans la même contradiction philosophique qui lui fait défendre un système concurrentiel dissolvant pour l’ordre social dont elle prétend être nostalgique. En ce sens le libéral-conservatisme de la droite et le progressisme-social de la gauche seraient les deux impasses dans lesquelles s’enfoncent nos démocraties contemporaines.

Sans cesse, Michéa rappelle qu’il refuse toute filiation philosophique réactionnaire. Aussi adresse-t-il ses principaux reproches à la gauche qui aurait abonné le projet d’une société « décente ». Aveuglée par son progressisme, elle a laissé son discours sociétal phagocyter son discours social, et apparaît partout en Europe comme la dernière incarnation du libéralisme, dans sa face économique comme culturelle ; Macron en France, Renzi en Italie et Blair en Angleterre révéleraient l’unité philosophique du libéralisme en même temps que le stade terminal du socialisme.

 

De fausses découvertes pour une fausse valeur intellectuelle

Le libéralisme, comme le dieu Janus, aurait donc deux visages qui n’en font qu’un. Toute une marge sociologique d’apprentis gazetiers et quelques militants politiques, plus fondamentalement incultes que nécessairement idiots, ont halluciné dans l’intuition michéenne d’ « unité philosophique du libéralisme  » la trouvaille théorique de la décennie. En vérité, cet éclair de génie n’a rien de très neuf, ni de fondamentalement génial. Pour qui ne dormait pas (tout le temps) en classe de philosophie, il figure dans tout honnête cours de terminale ou de classe préparatoire. Le libéralisme apparaît bien au XVIIIe, les Lumières et Adam Smith travaillant conjointement à l’autonomie de l’individu ; l’émancipation politique du corps civil rejoignant l’émancipation économique des corporations. Un professeur de lycée est assez compétent pour le rappeler ; c’est d’ailleurs l’ordinaire profession qu’exerçait Jean-Claude Michéa. Mais même sans diplôme de l’éducation nationale, un pilier de comptoir, parlant un peu plus fort que les autres à l’étroit d’un PMU de Cochons-en-Champagne, ne va pas sensiblement moins loin. Toute personne « ordinaire » a aujourd’hui bien intégré la critique (ô combien légitime !) du bobo qui a le porte-feuille à droite et le cœur à gauche. Et le concept de gauche caviar est devenu depuis longtemps un adage populaire.

Mais, Jean-Claude Michéa ne s’arrête pas là. Pour ne pas limiter sa prose à la dénonciation, sans doute très triviale, de la « gauche caviar » ni, peut-être trop maurrassienne, du libéralisme de 1789,  l’auteur cherche à en discerner une origine plus profonde.

Il en voit les prémisses dans les guerres civiles qui déchirent l’Europe aux XVIe et XVIIe  siècle. Pour en conjurer ce drame, les penseurs, libéraux selon Michéa, cherchent un système politique qui exclut les questions morales et théologiques de l’espace politique. L’Empereur Charles Quint accepte à Augsbourg une paix de compromis qui assure la souveraineté politique des princes de son Empire, indépendamment de leurs choix moraux ou théologiques. Les voisins ne sont pas en accord sur la définition du Bien, du Vrai, du Beau, il faut donc que l’État cesse de s’en mêler laisse chacun voir midi à sa porte.

 

Une histoire des idées en bande dessinée

Jean-Claude commet ainsi deux grossières erreurs qu’il aurait pu éviter en prenant quelques conseils auprès d’un collègue professeur d’histoire : il se trompe d’abord en voyant dans la construction de l’Etat moderne en Europe, dont tout l’objet était de rompre avec une conception patrimoniale et instable du pouvoir, une création de la pensée libérale alors que les grands noms que sont Bodin ou Hobbes ont nourri l’absolutisme.  Si faire admettre au politique le deuil de l’unanimité morale d’une société fait immanquablement de vous un libéral, alors toute politique réaliste (au sens philosophique) le devient et on découvre parmi les libéraux de plutôt inattendus : Jean Bodin, Richelieu, Thomas Hobbes et Machiavel dont il se réclame avec beaucoup de mauvaise foi ; tous seraient donc libéraux car initiateurs du réalisme politique. Et Charles Maurras, lui-même, qui dans Kiel et Tanger appelle les États à s’abstraire des questions morales pour résoudre les conflits diplomatiques, était-il un libéral ? Dans l’ordre de la pensée, cette confusion entre classiques et libéraux est proprement affligeante.

Il se trompe ensuite lorsqu’il conclut que, le politique ne disant plus à Madame Michu en combien d’hypostases elle doit penser la personne du christ, tout devient permis, alors que le problème de la moralité du politique n’a disparu que de façon très récente et précisément au moment où celui-ci a été remplacé par le technocrate.  En moins de deux pages, Michéa rend Hobbes responsable de l’enseignement à venir (et qu’il prophétise !) du métier de pute aux collégiennes allemandes qui n’a par ailleurs jamais été établi que par quelques rares initiatives privées.

L’auteur a l’ambition de mettre « en parallèles » les étapes décisives du développement de la pensée libérale et « la manière dont le traumatisme originel a été à chaque fois réactivé suite aux guerres de religion ». Il parle de Constant et Tocqueville analysant les massacres de Septembre et quelques pages plus loin de l’arche de Zoé capturant des enfants (?) ; tous deux s’inspirant, toujours selon Michéa, d’une forme de neutralité axiologique (?). Alain Badiou est comparé à Hayek et Pinochet. Et on trouve aussi des syntagmes bizarres : « la droite balzacienne », « la gauche post-mitterrandienne » ou encore « les préjugés néo-structuralistes de la bourgeoisie. » L’histoire de la gauche serait traversée d’énigmatiques « moments ». Un « moment Debord-situationnistes-Larzac », précède un moment « Deleuze-Bourdieu-Foucault-Althusser » avant que n’intervienne un improbable « moment Françoise Sagan » dont Michéa souligne l’importance politique méconnue. Et sans que l’humble lecteur ne comprenne quoi que soit de toute cette bouillie, de ces sauts de plusieurs siècles sur trois pages, de ce naming infamant où des bibliothèques sont résumées en quinze signes, dont toutefois émerge un unique rédempteur ; le seul auteur, Jean-Claude Michéa.

Une théologie du peuple

 

Quand Michéa évoque des gens ordinaires, c’est pour préciser qu’aucun d’entre eux n’admettrait semblable perversion ; jamais, que l’on puisse, pour y revenir, enseigner le métier de pute à une collégienne. Les déviants, les débauchés, les pervers, on les trouve toujours en haut de l’échelle sociale ; chez tous ces nantis qui préfèrent cultiver leur singularité plutôt que d’assurer leur humble labeur. Pourtant, qu’il se rende dans n’importe quel collège de banlieue ou du quart monde de la France périphérique pour voir des fillettes maquillées, délurées et effectivement habillées comme des putes dès 12, 13 ou 14 ans. Il n’aura pas moins de difficultés à en trouver dans les établissements fréquentés par la classe bourgeoise ; et peut être en certains cas davantage.

Michéa ne veut peut-être pas les voir mais ce sont les enfants de Monsieur le « Peuple » à qui il arrive d’adopter des comportements indécents. Le Peuple lui-même, le fameux , que l’on commence à bien connaître puisque Michéa en parle tout le temps et qu’il l’a d’ailleurs rencontré ; et qu’il « vit » parmi sa multitude. Le Peuple, jamais détrôné, et même perché très haut, avec des racines et des ailes, loin dans les nuées mais toujours les pieds sur terre ; sur un siège moral curule d’où il peut exhiber son grand « P ». Le Peuple souverain, cette majesté, ce puits de sciences, que de vils coquins s’évertuent à détrôner ou caricaturer, sur Canal Plus selon Michéa ; dans l’antre de la gauche caviar qui n’aime guère la tourbe infâme comme jadis dans les cénacles de la droite réactionnaire.

Et ce même peuple que Michéa dit n’être capable que du meilleur, en tout cas jamais du pire, regarde Hanouna (par millions), joue au loto, rêve d’amour, de gloire et beauté, encule la bonne, garnit les pages faits divers, ne s’intéresse  substantiellement à rien sinon à la prose des jours. Ce « penchant naturel au bien », cette conscience innée « de ce qui ne se fait pas »  ne lui interdisent ni la vulgarité, ni l’ennui, ni la fadeur. Pas plus qu’ils ne l’empêchent de se montrer parfois désinhibé, cupide, de mauvais goût et de mauvaise foi. Aux dernières nouvelles, le peuple vote. Et qu’il nous soit permis de dire qu’il vote assez mal ; en tout cas pour de curieux histrions ou de biens vulgaires saltimbanques. Ce Peuple s’est encore laissé séduire, et massivement, par une rhétorique misérable aux dernières élections présidentielles ; et de surcroît immorale si l’on accompagne Michéa jusqu’au terme de son antilibéralisme.

 

Grande orgie sémantique

Dans son usage politique, ce mot « peuple » est équivoque. A Rome, le populus, la plèbe était définie par sa séparation du patriciat ; à Athènes, le démos englobait tout le corps politique. Et deux traditions distinctes et antagonistes s’en revendiquent. Et que des militants d’extrême droite particulièrement abrutis en appellent aux mannes de Robespierre, « l’ami du peuple », n’y change pas grand chose ; comme d’ailleurs le fait que Florian Philippot désire « prendre un café » avec Jean-Luc Mélenchon. D’un côté, le peuple est défini comme un sujet transitoire, mu par des rapports de domination et des antagonismes de classe ; de l’autre,  le peuple est la donnée reçue, le déjà-là, le composant immanent de toute société sur laquelle le politique s’édifie. La tradition révolutionnaire et la tradition romantique. Robespierre et Bonaparte. Les deux patries. Et deux fondements possibles de légitimité dont dérivent deux anthropologies. Et surtout deux définitions qui coexistent pour un seul mot.

Dans son usage, Michéa définit le peuple et sa décence ordinaire comme deux essences présentes de toute éternité. Pourtant, tout le reste, c’est-à-dire l’État, la société, ses normes juridiques, sa justice, ses communautés, les nations, le droit, ne sont que des circonstances. Et sont même définis comme construits par le même peuple. Le peuple édifie tout mais n’est édifié par personne. Institué par sa propre institution, légitimé par sa propre légitimité ; lui seul ne trouverait son origine nulle part ailleurs que dans le tréfonds des âges, qui seraient par ailleurs les siens. Un donné qui construit tout ; à la manière de l’ordre spontané des libéraux que Michéa caricature.  Comment comprendre ce curieux mélange entre un tout-construit assez absurde et un tout-donné qui ne l’est pas moins ? L’auteur pèche par ses constantes, et néanmoins axiologiques, contradictions.

 

Une négation de la civilisation

Faire le deuil de l’unanimité villageoise, c’est accepter d’entrer pleinement dans l’ère du politique. Or il semble que Michéa n’y soit pas prêt. Mettant le politique hors circuit, il dessine  un monde qui ne l’est pas ou ne le serait plus : un monde purgé de toute ambition,  démonisant la volonté de puissance ; et assurant  un contrôle parfait de l’hybris, un cadre cancanier dont le mouvement et l’histoire se tiendraient résolument éloignés. Une prose des jours répétés à l’infini où il n’y aurait de place ni pour l’audace ni pour l’aventure humaine.  Michéa exclut toutes les dimensions du politique : dans la règle du commandement et de l’obéissance, il n’en parle jamais, les positions au sein d’une société décente étant supposées égales ; dans l’ordre de la transmission, il n’y a pour Michéa de transmission du sang qu’au sein de la famille nucléaire ; et dans la dialectique ami-ennemi. Il n’y a chez Michéa que des amis. Les ennemis, ce sont les libéraux qui en ont inventés. Alors même que les humains sont  frères et appelés à s’aimer.

De fait, dans les sociétés que célèbre Michéa, les conflits se feraient assez rares et supportables. La plupart des enjeux concernent le village ou la communauté ; en rien le politique. De là dérive une grande incompréhension. Il est possible de se passer d’ennemis quand il n’y en a pas. Il est pourtant spécieux de déduire de cette forme sociale restreinte une loi politique générale. Et le fond de toute réflexion politique est atteint, quand Michéa ose écrire : « Je suis convaincu que tant qu’on aura pas découvert une manière de neutraliser les différentes manifestations de la volonté de puissance d’une façon au moins aussi intelligente que les indiens d’Amazonie, nous nous exposerons indéfiniment aux mêmes problèmes politiques ».

Un renoncement au politique

Une société d’indistincts, primitive et sans histoire ni apport à l’humanité promue en plus haute expression de la civilisation pour sa faculté à « neutraliser » l’ambition ? Il reste que le succès d’édition d’une pensée aussi imbécile interroge ; en particulier sur ce que nous sommes devenus. Avons-nous perdu toute foi en la civilisation, toute confiance en notre faculté créatrice, tout goût de l’histoire, de l’artifice et du raffinement pour admirer désormais le mode d’organisation politique (sommaire) des « indiens d’Amazonie » ? La régression est douloureuse. Il semble que nous soyons devenus si peu soucieux de politique que l’on ne songe plus qu’à trouver le moyen de s’en abstraire. Et si ignorant de l’histoire qu’on puisse faire comme si elle n’avait jamais eu lieu. Michéa n’est pas seul à prospérer sur ce mouvement de dépolitisation. Dans ses « livres », le paysan Pierre Rabhi définit le fait de chier au fond de son jardin comme un acte politique et nomme révolution la consommation de son “propre” fromage de chèvre.

Faute de culture historique, il est possible de confondre la politique avec la morale, l’absolu ou n’importe quoi d’autre. Et d’oublier que son essence réside dans le seul gouvernement des hommes. Qu’elle n’est pas « tout » comme le laissent croire des sociologues enragés répétant comme des perroquets que « tout est politique » ; qu’elle n’est qu’un moyen de survie et un mode de résolution des conflits pour une société.

Une nouvelle idole

Michéa prétend défier son époque. Il est seul et contre tout le monde car tout le monde ne l’écoute pas assez.  Si bruyantes que soient ses récriminations, il aura pourtant bien du mal à nous faire croire qu’il en est parfaitement étranger. En lisant tous ses volumes, on n’apprend à peu près rien sur le monde, pas grand’chose sur le socialisme mais beaucoup sur Jean-Claude Michéa et plus encore sur les gens qui le lisent.

Ses confusions, ses inexactitudes et tous ses salmigondis passent aujourd’hui pour la crème de la pensée réactionnaire. Une marge sociologique lui sert de public et son premier cercle diffuse ses concepts. Alexandre Devecchio dans son essai Les Nouveaux enfants du siècle identifie à raison une « génération Michéa ». Elle se situe très à droite de tout ce qui est à gauche ou à gauche de tout ce qui est trop à droite. Elle goûte à l’histoire des idées à la manière du bon Jean-Claude et se réclame de Bloy, Bernanos, Weil, Orwell, Pasolini, Gramsci, Boutang, Ellul ou de Jean-René Huguenin. Elle communie en un anti-modernisme auto-contemplatif et ses postures varient, selon qu’elle choisisse d’être axiologue, esthète, mystique (« comme Charles Peguy ») ou pour les plus inquiétants lyrique et amoureux passée la trentaine.

La plupart des faits qu’il évoque, et il le concède, jaillissent du fumier fertile de son imaginaire ; et tous ou presque, sentent quand même le mauvais fantasme, nourri par une angoisse maladive de la perversion. On retrouve chez le Michéa admiré de ces quelques années les caractéristiques d’un Soral qui se trouvait accueilli dans les émissions les plus autorisées. Comme ce monde de la vitesse qu’il dénonce, Michéa expédie l’histoire des idées à la vla-que-je-te-pousse au risque, souvent éprouvé, de raconter n’importe-quoi.

 

Une médiocrité auto-justificative pour du sophisme basique

Le même Michéa possède au moins un mérite (mais en est-ce vraiment un ?) d’être en toutes choses égal à lui-même. Il dit ne pas aimer les pensées complexes ; assez logiquement, il préfère les pensées simples. Il se flatte aussi d’aimer le football ; et tout le loisir des gens ordinaires. D’ailleurs, il n’aime pas écrire : «  en bon méditerranéen, je suis convaincu qu’il faut être masochiste pour se retrouver devant un ordinateur quand un grand soleil vous attend dehors ». Son succès éditorial, il ne le doit pas bien sûr pas à son ambition : « je n’ai pas davantage cherché à être publié ». On est venu le chercher. Pour tous les heureux non-initiés du michéisme, le « pas davantage » renvoie à son refus « volontaire » de toute carrière universitaire, précisée auparavant dans l’ouvrage. On comprend pourtant assez vite en le lisant, toutes les causes indépendantes de sa volonté qui l’en auraient exclues.

Ce n’est peut-être pas (uniquement) par la savante préméditation de son échec social, que Jean-Claude a dû toute sa carrière demeurer humble professeur de lycée. Hélas, l’auteur de cet article a lu tous ses livres. Et la chaire est faible. Lorsque Michéa parle de la décence ordinaire , sans jamais préciser ce dont il s’agit, il confie qu’un universitaire ne pourrait saisir le sens de cette notion. Il faut confesser que nous avons également bien du mal. Selon lui, le peuple sait d’instinct « qu’il y a des choses qui ne se font pas » Et Jean-Claude Michéa, lui-seul, sait d’instinct que le peuple le sait. En atteste, la magistrale autorité de sa seule intuition.

La médiocrité du propos devient parfois auto-justificative. La décence ordinaire existe simplement parce qu’elle existe. Et aussi parce que les universitaires et les intellectuels le contestent. Mais Michéa lui le sait. Le peuple est un seigneur détrôné.  Et le concept est à la fête, déployé par une axiologie du Comptoir pour les grands soirs d’orgie nominaliste.  Il  nous dit que la définition conceptuelle est une occupation d’universitaires acariâtres. Cependant passée la dizaine d’ouvrages michéistes engloutie, le retour à cette même prose universitaire, complaisamment dénoncée, apparaît soudainement moins pénible au lecteur. Au moins par son acharnement à vouloir définir les termes qu’elle emploie.

 

Un socialisme de cage d’escalier

Quoique sophiste assez médiocre, Michéa a réussi à séduire tous ceux qui voulaient se piquer de philosophie. Le besoin d’idoles, “l’éclaboussure de la noblesse” aurait dit Balzac, conduit souvent à s’en choisir de bien palotes. Faute de talent littéraire ou de profondeur intellectuelle, l’auteur ne fait rien d’autre que prophétiser le malheur en moralisant toutes ses causes.  Quand Michéa parle du peuple, il en retient la supériorité morale. D’Orwell, il retient aussi le rôle « éducateur » ; c’est à dire, la place de celui qui moralise. Le vieux socialisme se singularisait par sa bienveillance. Comme peut-être le vieux communisme ; il se souvient ému de femmes et d’hommes « admirables », « ne voulant pas faire carrière ».  Michéa aimait le PCF quand il était « un cadre social intégrateur ». Pour peu qu’il ne fasse pas de politique en somme ; plutôt du scoutisme ou  du social. À cette condition, le socialisme est admirable.

Entrant dans le champ de la pensée politique, le socialisme serait coupable d’avoir abandonné sa pureté originelle. Fourrier, Proudhon Leroux… formulaient le rêve d’une société villageoise égalitaire. On les dit utopistes. De fait, beaucoup de littérature et un fort sentiment de pitié inspiraient leur prose. Un beau projet au demeurant : des positions sociales très rapprochées entre classes et pas de gourdins pour estourbir le manant ; une société de gens qui s’aiment et s’entraident. Pas d’ambitieux, de politiciens véreux. Un village de Hobbits, un hameau de douze personnes où l’oncle René peut traire un litre de lait à Thérèse qui elle-même, parce que c’est une brave dame, pourra lui prêter une douzaine d’œufs la semaine suivante. Comme une règle monastique ordonnée par le don, le pardon, l’abandon de soi. « On ne peut imaginer le phalanstère sans se souvenir du monastère » écrivait Raoul Girardet. Des communautés restreintes ordonnées autour d’un principe moral très exigeant ; tel serait le socialisme dont Michéa accuse la nostalgie.

 

Quand Petit ours brun relit le manifeste

Il reste que formuler ce songe ne s’appelle pas penser. Et encore moins proposer une réflexion politique. On ne peut regarder  les communautés restreintes comme on regarde des sociétés humaines. Entrant dans l’ère du politique, l’humain apprend à regarder la réalité de sa sphère sociale. Et si Jean-Claude Michéa ne voit au sein du peuple qu’altruisme et générosité spontanée, il reste que des conflits interviennent à un niveau plus élevé que celui du village et de la ferme ; à un niveau où il arrive que le peuple, lui-même intervienne. Et que la complexité des sociétés dans lesquelles nous vivons oblige à un certain effort cognitif ; et non simplement au doux rêve d’un retour des communautés familiales et villageoises.

Car il est peu probable que ce retour intervienne. Sauf à quitter définitivement le statut de sujet politique conscient, on  ne peut que s’interroger sur les raisons du pourquoi du comment de cette impossibilité. Et aussi, quelque part, sur sa nécessité historique. Michéa n’aime pas beaucoup Marx, pour avoir voulu enfermer le socialisme « en un système. » Autant dire avoir voulu quitter l’indignation et le sentiment pour être une pensée politique apte à rompre. Une manière d’interpréter le monde en comprenant les causes de son errance plutôt que d’en déplorer seulement les effets ; et un effort aussi pour s’abstraire du jugement moral.

Michéa s’accommode mal d’un socialisme politique. Il préfère un socialisme de cage d’escalier, de village et d’entraide fraternels. Une règle de boy-scout ou une lecture adolescente de Tolkien. En toutes circonstances, les penseurs qui se confrontent de manière réaliste au politique sont suspects.

Michéa dans l’Empire du moindre mal, reproche aux dirigeants du XVIIe siècle leur approche réaliste des conflits religieux. Quand notre auteur aurait préféré qu’ils se répandent en épilogues sur la justice et la morale, ceux-ci s’en sont tenus aux réalités. Or, quelles étaient-t-elles à ce moment précis ? Des différends religieux irréconciliables et néanmoins la nécessité de trouver un mode de résolution devant les drames qu’ils précipitaient. Au vu de l’impossibilité pratique et politique de retrouver l’unanimité religieuse au sein des royaumes, les souverains se sont résolus à résoudre les conflits pour ce qu’ils étaient. Le moralisme de Michéa n’était sans doute pas très éloigné de ceux qui faisaient couler le sang des hérétiques d’alors.

 

La droite socialiste

 

Et faute de connaître sa propre nature, la droite peut s’imaginer « socialiste ». Ce que nous pourrions appeler une “troisième gauche”,  a trouvé en Michéa et Clouscard de pâles prophètes, en tentant un nouveau renversement — toujours sous le signe du marxisme, comme si cette doctrine devait être la marque de fabrique de toutes les habiletés dialectiques —. Le capitalisme ainsi que le libéralisme seraient responsables de l’idée de jouissance effrénée puisqu’ils la trouveraient rentable; de la connexité, il faudrait inférer un lien de causalité et voilà née la fameuse catégorie du libéral-libertaire. Cette troisième gauche, en inventant la catégorie de libéral-libertaire, refuse de trouver dans le marxisme culturel son propre héritage : c’est pourtant la vision jouisseuse de gauche de l’Occident qui l’a produit, c’est bien la gauche qui s’est toujours intéressée à la déconstruction des normes ; c’est bien la gauche qui a toujours répandu l’idéologie du progrès. Cette conception séduit parce qu’elle est aisée à appréhender, qu’elle est monolithique comme ne l’est jamais la droite et qu’on ne compte plus les thuriféraires de Michéa. Elle séduit parce que les militants politiques font aujourd’hui l’économie de toute lecture ; et parce que le milieu des lettres est formé de petits liseurs, dont la vocation intellectuelle est plutôt tardive et la motivation essentiellement mondaine. Que ce milieu ne lit jamais de littérature ; préférant essentiellement des essayistes à la mode, qu’il comprend rarement mais dont il reprend la phraséologie pour les dîners en ville et qu’elle permet au paresseux intellectuel moyen, nanti d’un petit Orwell illustré, de poser sur son simplisme le voile d’une fausse complexité. Elle séduit enfin parce qu’un catholicisme naïf a cru pouvoir reconnaître son moralisme dans le sien.

Elle séduit aussi car tous ont oublié ce qui faisait l’essence du politique ; qui a fort peu à voir avec la prophétie, l’épilogue ou le merveilleux. Et qu’à force d’être materné, mis à l’abris du danger, retiré de tout conflit, on oublie que cette essence réside dans notre conflictualité. Et qu’à l’ère du post-tout, ces saltimbanques peuvent prospérer, notamment sur le fumier de notre conscience politique.

Tocqueville social -justice warrior ? 

Et certains saltimbanques passent aujourd’hui pour réactionnaire. Cette conception n’a pourtant pas grand chose à voir avec la droite. Pour la démontrer, encore faudra-t-il revenir sur le lien établi par Weber entre éthique du protestantisme et capitalisme et tenter de nous faire avaler un Tocqueville défenseur des minorités sexuelles. Déjà voit-on poindre à droite de singulières constructions téléologiques qu’un disciple de Marx n’aurait pas dédaignées : le libéral-libertaire est un stade historique final qui apparaît grâce à la mondialisation débridée…il est le vrai visage du capitalisme… Mais les hommes de droite sont-ils seulement prêts à se métamorphoser en révérends annonciateurs de la fin des temps comme nous y invite Michéa ? Le postulat d’un âge d’or ne contredit pas fondamentalement la linéarité d’une histoire progressiste : représentation dont nous demeurons toujours prisonniers.  Et il dérive d’un même axium dont il se contente de retourner la perspective. Involontairement, il confirme par l’absurde et la plus bête des régressions intellectuelles tous les impensés idéologiques de la gauche.

Bien sûr, l’étiquette de droite est récusée par ces protagonistes. Il reste que pour leur malheur, ce ne sont pas eux qui la choisissent mais l’adversaire ; la droite est en France une notion relative que définit souvent celui qui la combat. En ce sens le socialisme en tant que refus du libéralisme a pu apparaître comme l’équivoque de la conservation d’un ordre social atteint par l’individualisme des Lumières. Pour peu que l’on ne froisse pas les mots, qu’on choisisse de prendre au sérieux les concepts, il n’en est bien sûr rien.

 

Une droite réduite à une gauche de vieux cons

Faute de discipline intellectuelle ou de savoirs sérieux, il est possible d’associer tout à tout et souvent à n’importe quoi. De déduire de certaines ambiguïtés originelles du socialisme une vaste nature équivoque qui le ferait passer pour un conservatisme qui ne dirait pas son nom. Et de communier dans la nostalgie (largement onirique) de l’égalité au village. Une pensée qui a la portée philosophique de petit ours brun lisant le Manifeste du parti communiste et qui donne l’envie de se vieillir ou de se faire passer pour vieux, con, réac’ et décrépit.

Le bilan général n’est pas positif. Il invite infléchir à quelques comportements.  Le public de Michéa est bien sûr plus varié que ce que nous pu laisser entendre. On trouve en son sein, des crétins, et ils sont nombreux. A ceux-ci, nous demandons de cesser toute velléité intellectuelle et de retourner d’où ils viennent, c’est à dire, de la gauche. Aux rebelles de comptoir, passé du citoyennisme collégien à l’altruisme michéiste : nous leur demandons de suivre les injonctions de leur maître, de disparaître de la circulation, retourner à la campagne et faire des gosses.

Mais à ceux qui ont été séduits, et les enthousiasmes intellectuels sont souvent chaotiques, par cette rhétorique nous conseillons simplement de lire cet article. On trouve des lecteurs de Michéa, ou de ce type d’essayistes, qui légitimement partagent les dégoûts de cet auteur ; comme sa réprobation pour une société gagnée par l’insignifiance, la vulgarité et l’âpreté matérielle. Et que la répulsion qu’elle peut nourrir n’est pas illégitime. Concédons simplement qu’elle est suffisamment juste et saine pour mériter un peu plus.

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

3 Comments

  1. La filiation entre Hobbes et le libéralisme n’a rien, contrairement à ce que vous affirmez hâtivement, d’un “contre-sens grossier”, c’est une généalogie tissée, notamment par un Léo Strauss ou un Pierre Manent.
    D’accord pour le reste avec l’exécution du Michéa qui nous casse les couilles avec la “common decency” du populo.

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