Le droit international : machine au service du libéralisme

Le droit international de la codification des relations étatiques est devenu le principal instrument du cosmopolitisme juridique.

Elles furent d’abord celle des États, et avant tout de la France, avant que les interminables guerres n’incitent à trouver dans de nouvelles structures juridiques les moyens d’une unité qui, si elle était réduite, semblait du moins être plus solide. Société des Nations, pacte Briand-Kellog comptèrent parmi les fondements d’un nouveau rapport entre les nations. On ne savait pas alors que ces institutions seraient les précurseurs de traités pareils au TAFTA dont la signature aurait donné naissance à une cour « indé- pendante » qui, autant par l’idée « d’indépendance » que par le droit en fonction duquel elle devait juger, devait devenir le meilleur instrument de la pensée libérale.

Les États-Unis reprirent après la Seconde Guerre mondiale les ambitions qui faisaient du droit international un moyen de pacification préalable à la formation d’un nouvel ordre mondial. Un droit international nouveau a paru qui, cessant de se limiter à la régulation des rapports entre les États, a pu doter tous les individus de droits subjectifs. Depuis lors, l’essor du droit international a si bien accompagné l’expansion américaine dans le monde qu’il est difficile de ne pas apprécier les sympathies de principe qui lient ce pays à la formation d’institutions juridiques internationales. Le droit international assure encore aujourd’hui une américanisation sans conquête en accouchant de révolutions indolores et par le bas outre-Atlantique. Le droit international nouveau, à la diffé- rence des droits nationaux, loin d’être formel, est dans les faits substantiellement une machine idéologique : il accomplit l’idée libérale américaine en faisant sauter le dernier verrou qu’était l’inégalité politique inhérente à l’existence d’un État. Tous composent alors une masse indifférenciée d’hommes nus, d’hommes sauvages, d’hommes consommateurs, d’homines œconomici. Ce droit international nouveau ne peut dire autre chose ou il cesserait d’exister au moment même où il reconnaîtrait des différences fondamentales entre les hommes.

Les droits intérieurs, soumis au droit international, cessent alors d’être l’objet d’une volonté politique – qui a disparu – pour n’obéir qu’à cet auto-accomplissement par le droit international de l’idée libérale qui puisse, un jour, aboutir aux « États-Unis du monde » où le principe de l’homo œconomicus abattrait toutes les barrières identitaires aujourd’hui protégées par les États. Face au droit international, les arguments sont pléthores : mépris de l’homme réduit à ses attributs vitaux, critique du libé- ralisme, soutien à l’idée civique ou à l’idée de peuple… mais le droit ne se révolte-t-il pas lui-même contre son déracinement ?

Le nouveau droit international a failli en laissant les conflits se développer hors de lui. Il a fondamentalement oublié, dans son déracinement, que, s’il a conservé la sanction toujours assurée par les États-Unis, il est caduc s’il est dépourvu de l’autorité sans laquelle aucune loyauté n’est possible ; or, nul n’est loyal à l’étranger, encore moins à la simple idée formelle qu’est le droit. Le droit n’est rien s’il n’est issu de la communauté qui, au moment où elle se donne son droit, devient dès lors politique et anti-libérale. Si le droit international bénéficie, pour le moment, de la sanction américaine, il ne peut s’agir que d’un pouvoir sans légitimité, de l’ingérence permanente, d’une force pure qui croit trouver dans le droit une légitimité qu’il n’a jamais eu que par dérivation de la communauté.

Le droit international nouveau bloque désormais les mouvements naturels des puissances : par son caractère proprement idéologique appuyant une vision spécifique du monde autant que par son refus de la guerre, il est une incitation permanente à la sournoiserie et à la subversion. En rejetant la guerre hors de lui, le droit international s’est privé du moyen de résoudre les conflits qui, ces dernières années, se sont multipliés en empruntant les voies de la guérilla et du terrorisme. L’Occident s’épuisera en vain à les combattre tant que le droit international continuera à vouloir nier la souveraineté des États et son droit – politique – le plus fondamental à se donner les lois qu’il souhaite.

Cimon

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire