Succès du colloque Eléments sur la Russie

Près de trois cents personnes ont assisté au colloque sur la Russie organisé par la revue d’Alain de Benoist, Eléments, sous le titre La Russie : à l’Est du nouveau ? qui s’est tenu l’après-midi du samedi 19 novembre à l’espace Moncassin, dans le 15e arrondissement de Paris. C’est donc un franc succès pour les organisateurs. Pourtant, le colloque débutait par l’annonce d’une bien malheureuse nouvelle : le philosophe russe Alexandre Douguine, qui comptait parmi les conférenciers, a été empêché de se rendre sur le territoire français par les autorités nationales. Depuis 2014, en réaction à la politique de Moscou en Ukraine, l’Union européenne, parmi d’autres sanctions, interdit à plusieurs personnalités proches du Kremlin l’accès à ses Etats (et parmi lesquels Alexandre Douguine). A défaut de pouvoir être présent, l’illustre proscrit a pu enregistrer une vidéo depuis la Russie diffusée au cours de ce colloque. Comme vous pouvez l’imaginer, la déception fut grande parmi l’assemblée, et Olivier François, Cassandre du jour, remarquait dépité qu’il est devenu plus facile de gêner l’intervention d’un intellectuel russe que le déplacement de terroristes sur notre sol. 

Au commencement, le public put découvrir l’écrivain russe et membre du Parti national-bolchevique, Zakhar Prilepine, que d’aucuns considèrent comme un des auteurs majeurs de la Russie d’aujourd’hui. L’intervention prit la forme d’un entretien mené par Olivier François au cours duquel Prilepine (dont les réponses étaient traduites par une interprète charmante) est revenu sur son parcours, son militantisme au sein du parti national-bolchévique, sur l’identité de son pays, dont il a souligné les singularités (définies par la notion d’Etat-civilisation) et sur sa relation à Poutine, contre lequel il s’est autrefois opposé mais dont il loue aujourd’hui la politique extérieure, notamment ukrainienne. Prilepine est un témoin privilégié du conflit dans l’Est de l’Ukraine, lui qui vit actuellement au Donbass parmi les séparatistes.

Jean-Robert Raviot, professeur de civilisation russe contemporaine à l’Université de Nanterre est venu détailler la guerre de propagande entre les Etats-Unis, leurs vassaux et la Russie. Avec une pause bienvenue, le public a pu découvrir les différents étalages (et pour les plus chanceux obtenir une dédicace de Prilepine et échanger quelques mots avec l’écrivain). Certains parmi eux étaient consacrés à la littérature russe : les éditions de la Différence et des Syrtes, qui publient les ouvrages de Prilepine ; la Manufacture des Livres qui présentait sa collection Zapoï dédiée au polar russe. L’editeur Pierre-Guillaume de Roux et bien entendu les différentes publications d’Alain de Benoist (ElémentsNouvelle EcoleKrisis) ou amies de celles-ci (comme la revue socialiste révolutionnaire Rébellion) eurent une présence tout à fait appréciable.

La vidéo d’Alexandre Douguine (vidéo enregistrée en français, le français est une des nombreuses langues maîtrisées par ce polyglotte) permit de reprendre le colloque par l’annonce prophétique d’un grand basculement dont on aperçoit les signes à partir du Brexit et des dernières élections américaines. Désormais, considère Douguine, le combat n’est plus “horizontal”, c’est-à-dire entre Etats, entre l’Est et l’Ouest, mais “vertical”, entre le peule et ce qu’il appelle le Marais, c’est-à-dire les élites libérales, apôtres de la globalisation, des sociétés dites « ouvertes », autrement dit des sociétés de l’indifférenciation des sexes et des peuples, anti-traditionnelles et post-modernes. Leurs promoteurs les plus caricaturaux seraient le milliardaire George Soros ou l’esprit fort Bernard-Henri Lévy. Par bonheur, chaque peuple possède son Marais. Poutine combat le sien en Russie (car une partie de l’élite russe demeure libérale), comme Trump combat le sien aux Etats-Unis. Pour Douguine, un vent nouveau souffle sur l’Occident. Aujourd’hui les peuples du continent commencent à se soulever pour combattre leurs élites globalistes et assécher leur Marais afin que l’Europe revienne aux Européens.

Puis Alain de Benoist est venu clore le colloque. Il a tenu à saluer Zakhar Prilepine dont l’engagement physique (Prilepine a combattu en Tchétchénie et est aujourd’hui aux côtés des séparatistes pro-russes) complète et même donne sens à l’engagement intellectuel qui fut le sien. Après quoi, il convoqua Nietzsche pour mieux l’illustrer  : « Ecris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit ». Si Alain de Benoist partage bien des analyses de Douguine, il est plus circonspect au sujet de Trump. Alain de Benoist admet que des signes encourageants laissent entrevoir aux peuples la promesse d’une victoire prochaine (Brexit, élection américaine, la formation du groupe de Visegrad, et le possible succès de Norbert Hofer à la présidence de l’Autriche en décembre 2016). L’intervention se termine sur une concession : l’histoire reste toujours ouverte et imprévisible. L’auteur de cet article, après avoir assisté toute la journée au colloque, observera tout de même à partir du cas français que le personnel politique (fut il de droite, réactionnaire, national ou populiste) n’apparaît pas forcément à la hauteur de l’enjeu. Son inhibition, ses carences voir sa malhonnêteté rendent difficile de partager l’optimisme de Douguine, même si quelques lumignons permettent encore de ne pas désespérer jusqu’au bout.

Arthur Dillon

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