Présence de José Antonio

Nous sommes le matin du 20 novembre 1936. Dévoré par la peur, José Antonio n’a pas dormi de la nuit. Lorsque la lumière de l’aube s’invite par la petite fenêtre de sa cellule, il s’adresse à son frère, incarcéré dans la cellule voisine, lui demandant, en anglais, pour ne pas que les gardes le comprennent, la voix tremblante : « Miguel, aide-moi à mourir avec dignité ». Après cinq minutes d’entretien avec son frère, les gardes viennent chercher José Antonio. Il se lève, ravale sa peur et marche vers la cour où il doit être exécuté en compagnie de quatre autres jeunes gens, derniers compagnons avant le grand voyage. Tenus en joue, ils crient un « Arriba España » auquel viennent répondre les tirs des fusils. Il est 6h40. José Antonio Primo de Rivera meurt à l’âge de trente-trois ans.

Quatre-vingts ans après sa mort, José Antonio fait toujours l’objet d’un culte. Son lyrisme, son charisme, son courage, sa bonté, sa fin tragique l’ont fait entrer au panthéon des droites radicales. Le culte joséantonien est un culte post-mortem. Franco s’est saisi de la figure de José Antonio pour en faire un des mythes du régime. Et ce mythe José Antonio ne se limite pas à l’Espagne. Il existe aussi en Roumanie, où l’on ne manque pas d’établir un parallèle entre le destin du chef de la Phalange et celui de Corneliu Zelea Codreanu, et en France où ses apôtres sont Jacques Ploncard d’Assac et surtout Robert Brasillach. En admiration devant le chef de la Phalange, Brasillach exalte la figure de José Antonio dans les colonnes de Je suis partout et ose une comparaison christique dans Les Sept couleurs : « Ceux qui meurent peu après la trentaine ne sont pas des consolidateurs, mais des fondateurs. Ils apportent au monde l’exemple étincelant de leur vitalité, leurs mystères, leurs conquêtes. Hâtivement, ils montrent quelques routes, à la lueur de leur jeunesse toujours présente. Ils éblouissent, ils interprètent, ils émerveillent. Dieu a choisi, dans son apparence terrestre, d’être pareil à ces être-là, de mourir à l’âge d’Alexandre. Autour de vous, hommes ou femmes, vous avez connu de ces apparitions un peu exaltantes, un peu mystérieuses. Elles brûlent leur propre vie, parfois celle d’autrui, mais elles donnent la flamme de l’avenir. On n’imagine pas Alexandre mettre face à face l’Occident et l’Orient. Après débrouillez-vous ! Tels ces êtres qui disparaissent avant les tares, avant l’équilibre, avant leur propre réussite. Ils ne sont pas venus apporter au monde la paix mais l’épée[1]».

Mon intention première était d’écrire un petit texte hagiographique à l’occasion des quatre-vingts ans de la mort de José Antonio, et je crois d’ailleurs que c’est ce qu’on attendait de moi. Cependant, pour être tout à fait honnête, j’ai peu d’intérêt pour l’exercice et j’aurais paru bien médiocre en comparaison du panégyrique de José Antonio par Brasillach. Mais l’orientation de ce papier résulte surtout des conversations que j’ai pu avoir avec plusieurs personnes au sujet de José Antonio. En discutant avec mes camardes qui, pour beaucoup, s’intéressent au fils de Miguel Primo de Rivera, j’ai pu constater que le personnage est en fait mal connu. José Antonio est prisonnier d’un certain nombre d’idées reçues et d’images instituées par la propagande franquiste, par ses laudateurs français, Brasillach en particulier, mais aussi par ses ennemis. Les historiens anglo-saxons, ainsi que plusieurs historiens français, par paresse intellectuelle ou par hostilité, ont enfermé José Antonio dans l’image du représentant du fascisme espagnol. Si bien qu’aujourd’hui, dans l’esprit des gens de droite, ne subsiste qu’une vision romantique de José Antonio, celle du jeune leader fasciste, à la fois poète et guerrier, pour partie trompeuse. José Antonio n’est pas l’homme d’action que l’on s’imagine, ce que d’ailleurs, les militants phalangistes et la droite espagnole de l’époque ne se sont pas privés de le lui reprocher. Les accents martiaux de ses discours, de ses articles ne se sont pas toujours traduits dans les faits. Nonobstant, ce n’est pas une marque d’aboulie. José Antonio privilégie la formation intellectuelle à des actions violentes souvent vaines. José Antonio est un penseur politique, et j’insiste là-dessus. Il estime que la révolution doit se faire, non par le bas, mais par le haut, qu’elle n’aurait pas de sens sans une doctrine sérieuse. Quant à l’étiquette de fasciste, elle n’est pas fausse mais elle occulte la singularité et le caractère espagnol de l’idéologie de José Antonio. Il m’apparaît donc opportun, en cet anniversaire de sa mort de lancer un petit cycle dédié à la vie et surtout à la pensée de José Antonio. D’autant plus que la doctrine joséantonienne est une idéologie de troisième voie, ce qui peut nous intéresser de près, nous qui vivons une époque dans laquelle les notions de droite et de gauche font de moins en moins sens.

Arthur Dillon

[1]Robert Brasillach, Les Sept couleurs, Paris : Plon, 1985,  p.158

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