Budapest 1956, histoire d’un espoir hongrois

Les raisons de la colère

Défaite lors de la seconde guerre mondiale, la Hongrie tombe sous la coupe d’un régime communiste inféodé au Kremlin. La répression se fait de plus en plus féroce à partir de 1948, date à laquelle le voisin Yougoslave dirigé par Tito prend son indépendance vis-à-vis de l’URSS.

Durant les cinq années qui suivent, 1 300 000 hongrois (soit une personne sur neuf) passent devant les tribunaux. Des milliers d’opposants à Moscou sont arrêtés et torturés par la police politique, l’AVH, dont le fondateur, László Rajk, est lui-même exécuté pour «titisme». En 1949, le chef de l’Eglise catholique est jeté en prison. Les colossales réparations de guerres imposées par l’URSS et les errements de la planification freinent l’économie hongroise et, au début des années 1950, le salaire des ouvriers hongrois est toujours inférieur à ce qu’il était sous Horthy avant-guerre.

La «dictature du prolétariat» apparait alors au peuple pour ce qu’elle est: le paravent idéologique de la colonisation soviétique, outil de l’impérialisme russe, qui s’exprime à travers le pacte de Varsovie, alliance militaire pro-soviétique à laquelle la Hongrie est intégrée en 1955. Loin de calmer le jeu, la déstalinisation va au contraire créer un immense espoir d’indépendance chez les intellectuels hongrois.

Le soulèvement

Ce sont en effet les mouvements étudiants qui vont lancer, en octobre 1956, un vaste mouvement de contestation. Le 23 octobre, plus de 20 000 étudiants défilent à Budapest en chantant des chants patriotiques («nous le jurons : nous ne serons plus esclaves longtemps») et révolutionnaires (La Marseillaise). L’ambiance devient électrique : la gigantesque statue de Staline est abattue par les manifestants, qui s’arment et deviennent des insurgés pour répondre aux tirs du régime.

Ce soulèvement national unit anti-communistes et communistes anti-moscovites. Les premiers, plus visibles, percent un trou dans le drapeau de la République populaire de Hongrie pour en chasser les symboles communistes, donnant ainsi naissance à l’étendard de la rébellion. Les seconds constituent des soviets et chantent l’internationale. Imre Nagy, porté au pouvoir par les insurgés, négocie le retrait des soldats soviétiques de la capitale et annonce que la Hongrie libre se retire du pacte de Varsovie. Les insurgés exultent : David a vaincu Goliath.

L’écrasement

Mais le 4 novembre, l’URSS fait marche arrière, ou plutôt marche avant : les chars de l’armée rouge pénètrent dans la capitale et écrasent les insurgés. La Hongrie retourne malgré elle dans le giron soviétique et, deux ans plus tard, Imre Nagy est exécuté. La liberté n’aura duré qu’une semaine pour Budapest, mais l’événement a durablement marqué un pays jaloux de son indépendance nationale, à l’instar de M. Orban qui, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’insurrection, n’a pas hésité à faire le parallèle entre l’UE et l’URSS.

En Europe, l’image des chars envahissant Budapest a durablement terni celle des partis communistes. Ainsi pouvait-on lire en 1956 sous la plume de Pierre Emmanuel dans la revue intellectuelle philocommuniste Esprit : « Par quel aveuglement avons-nous fait comme si le communisme n’était pas une névrose ? »

Pierre Tomballe

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