France souviens-toi de ton terroir ! Partie 2/3

Aujourd’hui, l’heure est à l’épandage du lisier qui contamine les sols et les nappes phréatiques. Voici ce que les défenseurs de l’agriculture intensive nomment progrès. Beaucoup pensent, sans doute à tord, que l’ancestralité ne va pas de pair avec le progrès. Le fumier leur offre un sérieux démenti. Ce composte végétal issu de la fermentation des déjections animales mélangées à de la paille n’a pas d’odeur et favorise la vie du sol. C’est une méthode autrement plus censée pour recycler les déchets animaux que le lisier. Seulement, avec l’arrivée des caillebotis, la paille, pourtant utilisée pendant près de 1500 ans dans les exploitations animales, a été mise aux oubliettes. Mais par un flagrant manque de bon sens, l’élevage intensif entretient le cochon sur caillebotis ce qui revient à une fois et demi plus chère que sur paille.

En effet, il ne nécessite pas de tout l’attirail technologique utilisé par les hangars high-techs car il s’épanouie dans un hangar ouvert et favorise la production du fumier, (évitant ainsi la pollution des sols par le lisier) et l’installation d’une ventilation.

Arrêtons de financer un système dispendieux pour le contribuable, pour l’agriculteur et pour la santé et l’environnement. En quarante ans, ce sont des centaines de milliards d’euros qui sont investies par la PAC en pur perte dans des aides multiples. On pense aux aides destinées à supporter la sécheresse, lutter contre les algues vertes, méthaniser le lisier ou soutenir les revenus des agriculteurs etc…. Autant d’aides injectées pour supporter un système épuisé. De nombreux agronomes ont déjà tiré la sonnette d’alarme quant à l’avenir catastrophique vers lequel nous conduit ce système intensif et productiviste. C’est le cas notamment de Claude Bourguignon, qui s’est penché sur la biologie des sols pour révéler les méfaits du système actuel.

Grandeur de l’arbre

Au XIXème siècle, l’homme réintroduit l’arbre dans l’agriculture. Les contemporains avaient remarqué que les grands défrichements, débutés au Moyen-Age central, altéraient la fertilité des sols. Pour comprendre ce phénomène, il faut s’arrêter sur le cycle naturel de leur formation. Pendant l’automne, les arbres laissent tomber sur le sol des feuilles et des branches mortes. Aussitôt entrée en contact avec le sol, cette matière organique est attaquée par la faune épigée. Elle mange ces feuilles et brindilles et les rejette sous la forme de crottes. Celles-ci sont constituées de matières organiques broyées très finement. Cela permet aux seuls organismes au monde capables d’attaquer la lignine (composante essentielle du bois), les champignons, d’entrer en action. Ils dégradent ces crottes et les transforment en humus (couche supérieure du sol). La fabrication d’humus se fait donc à la surface du sol. Résumons : le labour détruit les sols en disposant la matière organique sur sa partie inférieure. Cette opération est absurde car la faune épigée ne vit pas sous le sol mais en sa surface. Voici une première tare de l’agriculture intensive.

Cela étant établi, on constate que les arbres s’adaptent à ce cycle naturel de la formation des sols en développant un double enracinement. Un premier enracinement horizontal, sous la matière organique, car au printemps, les humus formés pendant l’automne et l’hiver par les champignons sont minéralisés par les bactéries quand les sols se réchauffent. En minéralisant, elles libèrent du nitrate et du phosphate qui descendent dans les sols par l’intermédiaire de l’eau de pluie. Ces composants chimiques sont récupérés par les racines des arbres qui les renvoient directement dans les frondaisons. Le système associant le sol à la plante fonctionne dans la nature en cycle clos. Les nappes phréatiques ne sont donc ainsi pas polluées. En mettant la matière organique sous les racines par le labour, cette dernière est directement minéralisée. Avant que les racines n’arrivent, le nitrate et le phosphate ont le temps d’atteindre les nappes phréatiques pour les polluer.

L’arbre a un deuxième enracinement, constitué de racines verticales descendant en profondeur jusqu’à entrer en contact avec le monde minéral. Les racines de l’arbre sécrètent des acides qui attaquent la roche et la transforment en argile. Le sol est un complexe argilo-humique. L’humus est donc fabriqué en surface grâce au travail des champignons de la faune épigée et l’argile en profondeur par l’attaque des racines des arbres au contact du monde minéral. A cette profondeur, beaucoup de racines meurent. Une faune se nourrit de racines mortes nettoyant ainsi les sols en profondeur ; on parle de faune endogée. Cela permet ainsi de laisser passer d’autres racines et de renouveler les cultures sans épuiser les sols. La faune épigée et endogée aère donc le sol en profondeur et en surface. L’argile et l’humus se rencontre grâce à une faune intermédiaire, les vers de terre. Ils permettent de réaliser le complexe argilo-humique en circulant verticalement dans les sols. Ce sont donc les vers de terre qui fabriquent la terre.

L’agriculture intensive a tué nos sols en ignorant ces lois fondamentales. Au début, les hommes se contentait de gratter la terre avec des instruments archaïques, sans abîmer le sol, mais la mécanisation à outrance de l’agriculture et l’apparition du tracteur ont mis un terme à cette harmonie agraire. Enfouir la matière organique dans le sol est une aberration car les champignons sont aérobies. Ils ne peuvent donc plus assurer leurs fonctions, donc la terre n’est plus fabriquée, les sols ne sont plus reconstitués.

À suivre..

Le Stipendié de Siculie

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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