France souviens-toi de ton terroir ! Partie 1/3

La vigne, emblématique de certaines de nos régions

Voici ce qu’aurait pu dire Jean-Paul II lors de sa venue en France en 1980. Depuis quarante ans, le secteur primaire français agonise. Le passage d’une agriculture traditionnelle à une agriculture intensive et productiviste dans le tournant des années 1960 y a largement contribué. Achevant une société rurale complexe, fondée sur un ensemble de solidarités et d’entraides indispensables à la cohésion sociale de notre pays. Cette mutation de la production agricole a ainsi favorisé l’avènement d’une nouvelle société agraire, établie sur l’individualisme et le profit, concomitante avec la dégradation des sols et de la qualité des productions.

La désindustrialisation de la France initiée au début des années 1970 a entraîné un désintéressement chronique de nos élites politiques à l’égard de l’agriculture, bien plus obnubilées par la gestion de leur électorat prolétaire que rurale.

Labourage et pâturage..

Mais la France n’a jamais été une grande puissance industrielle. Bien au contraire, elle a toujours tiré sa force de son secteur primaire et militaire. C’est une vielle tradition nationale. Notre pays n’a jamais occupé la place de première puissance économique de l’Europe, mais il en est depuis longtemps la première puissance agricole et militaire. Fernand Braudel écrivait : « Nous n’avons jamais possédé le cœur de l’économie monde mais nous avons souvent envoyé nos armées pour le conquérir » : Les Valois en Italie, Louis XIV en Hollande, Napoléon dans l’ensemble de l’Europe. Sully lui, soutenait avec son fameux « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France » que la puissance française a toujours reposé sur sa force agraire. La France a toujours été, à l’échelle mondiale, un grand producteur et exportateur de céréales et de viandes. Des gaulois qui approvisionnaient Rome en denrées agricoles dès le IIIe siècle av. J.C à aujourd’hui, la France a su conserver son rang de grande puissance agricole. Elle s’est hissée en 1995 au rang de deuxième puissance agricole mondiale juste derrière les Etats-Unis. Ce rang, elle l’a gagné grâce aux directives de la PAC, mais à quel prix ? En prônant une agriculture intensive et productiviste pour répondre au besoin d’un marché mondial fondé sur un capitalisme sauvage, la PAC a fait disparaître un pan majeur de la société française, « le monde rural ». La société rurale était l’essence même de la communauté française. Elle a façonné la France pendant près de mille cinq cents ans (il faut attendre l’entre-deux guerres pour atteindre un équilibre démographique entre monde rurale et monde urbain).

La France a toujours été un pays de tradition rurale. Cette caractéristique était le creuset de l’excellence de notre secteur primaire. L’influence croissante de la mondialisation dans ce secteur a transformé, en une quarantaine d’années, une société rurale complexe en une conglomération disparate d’actifs agraires, méprisés financièrement et dévalorisés socialement par un marché mondial qui les exploitent pour enrichir les lobbies pharmaceutiques et agro-industrielles ayant toujours eu un grand intérêt pour le lucre. Ces derniers instiguent et soutiennent un obscurantisme agraire favorable à leur enrichissement mais dont le résultat est le déclin progressif du rang de la France, qui occupe aujourd’hui le rang de 4eme puissance agricole mondiale. On constate aujourd’hui que la politique agricole commune continue de soutenir un système obsolète du fait de son efficacité éphémère. Il a certes permis à la France d’atteindre le rang de deuxième puissance agricole mondiale, mais il a déconstruit la société agraire tout en oubliant le premier objectif de l’agriculture, celui de nourrir décemment la France et non d’enrichir l’industrie agro-alimentaire.

Le Blues des cochons

Aujourd’hui, la plus grande tare de l’agriculture française est la dépendance des exploitants à la propagande productiviste de la PAC. Elle sacrifie la paysannerie française en la berçant, avec ses aides financières multiples et son discours nourricier, de fausses illusions.

Pour soutenir son projet, l’Union Européenne investit chaque année 57 milliards d’euros, soit 44% de son budget. Un investissement qui encourage le non-respect du pacte environnemental et social qui la lie aux paysans. Cette agriculture intensive entraîne la pollution des eaux, la destruction des sols et la faillite des agriculteurs, forcés d’investir dans des bâtiments high-techs par le biais d’emprunts difficilement remboursables. Le productivisme agraire conduit à la ruine du petit paysan dont le revenu est exposé au marché mondial. Il a conduit à la chute du revenu paysan qui est aujourd’hui quasi inférieur au RSA. L’influence perverse de la production intensive sur l’agriculture et ses acteurs se révèle dans l’élevage par l’exemple des exploitations porcines. Par sa faute, les exploitations porcines ont vu leur nombre dégringoler en l’espace de quarante ans. Elles sont passées de 795000 en 1968 à 15000 aujourd’hui. Dans le but de répondre aux demandes du marché mondiale, les nombreuses prairies porcines se sont vues remplacées par des locaux confinés, plus aptes à la production intensive. De la même façon, cela a favorisé un eugénisme industriel provoquant la disparition de dizaines de races rustiques au profit de quatre races génétiquement modifiées, plus productives. Cela constitue une perte d’identité considérable pour les différents terroirs producteurs, qui possédaient encore chacun, juste après la seconde guerre mondiale leur race respective. La taille des exploitations a elle aussi était touchée en étant multipliée par soixante-dix en 40 ans. Avant le passage à l’élevage intensif, les exploitations ne comportaient pas plus d’une 15 de porcs. Aujourd’hui, en dessous de 900 porcs, on parle d’exploitations miniatures. Comment se soucier du bien-être animal, composant essentiel de l’élevage et de la qualité des viandes, avec de tels effectifs ? la réponse est simple, c’est tout bonnement impossible. Le confinement des porcs et le recours aux caillebotis (panneaux constitués de baguettes assemblées en quadrillage) pour l’évacuation des déjections entraîne nombre de maladies respiratoires. En cause, l’air vicié des hangars, chargé d’ammoniac libéré par le lisier (mélange de déjections d’animaux d’élevages et d’eau) stagnant sous les caillebotis. Ce mode de production, fondé sur une mécanisation à outrance, pousse les agriculteurs à consacrer 86% de leur consommation totale d’électricité dans le chauffage et la ventilation, indispensables à la survie des cheptels porcins. Sans ventilation les porcs confinés seraient morts asphyxiés en moins d’une journée. De plus, le parcage des animaux dans des boxes de dimensions restreintes (favorables à un engraissement rapide) et la promiscuité entraînent l’apparition de phénomènes de dépression chez les porcs. Mais l’élevage intensif a réponse à tout. Pour pallier ce léger désagrément, ce sont 675 tonnes d’antidépresseurs et d’antibiotiques qui sont inoculés à nos amis les bêtes chaque année. Réjouissons-nous ; quel bonheur que de déguster un délicieux filet mignon sauce Anafranil. Et encore, ce n’est qu’un avant-goût de la perversité de l’élevage intensif, car, bien évidemment, leur pratique n’a fait que catalyser la résistance de certaines bactéries qui ont fini par être transmises du porc à l’homme. Mais l’agrobusiness a ses lois. Elles sont tournées uniquement vers l’enrichissement des laboratoires pharmaceutiques, qui se soucient peu de la colonisation des agriculteurs par des bactéries résistantes. Qu’Il est loin le temps ou on emmener les cochons se nourrir à la glandée dans les forêts ou sur les champs de patates après les récoltes.

Le Stipendié de Siculie

A suivre…

A propos de Hector Burnouf 60 Articles
Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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