HONNEUR, BRAVOURE ET PANACHE : LE DUEL

Et vous pour votre duel, épée ou pistolet ?

Le mépris de la mort et le désir absolu de rétablir par les armes une dignité bafouée a longtemps été une caractéristique française autant chez le noble que chez le roturier pourvu que l’homme soit doté d’assez de courage et d’un peu d’arrogance. La littérature française met d’ailleurs à l’honneur cette pratique en nous offrant un plaisant éventail de duellistes, maniant le verbe ou la plume tout aussi bien que le fer.

Dans le bas Moyen Age, les Germains importent en Gaule le duel judiciaire. Sur la terre de nos ancêtres maintenant christianisés, le duel a valeur d’ordalie jusqu’à ce que le Roi Saint-Louis intervienne. Au XIVème siècle une erreur de jugement tire un trait sur le caractère judiciaire du duel. À l’aube de la Renaissance naît alors le duel d’honneur.

Les guerres d’Italie importent en France de nouvelles armes plus légères et plus aisément maniables telle que la rapière. Quand le favoris d’Henri II, le Seigneur de la Chataigneraie, expire sous le coup de Jarnac lors d’un duel public, le Roi met fin à l’institutionnalisation du duel sans toutefois l’interdire. Néanmoins, le duel ne cesse de se multiplier tout comme les salles d’armes où s’exercent les fines lames du royaume. L’avènement d’Henri IV entraîne une nouvelle croissance se justifiant par le contexte de guerre civile.

Ironie de l’Histoire ou élégante insolence française, le grand siècle du duel débute par un édit royal l’interdisant en 1626. Dans un contexte d’absolutisme, le duel est une manière pour les jeunes nobles de revendiquer leur vaillance, leur identité propre et par la même, de rejeter l’asservissement domestique auquel le pouvoir veut les soumettre. Dans Les Trois Mousquetaires de Dumas, le père de d’Artagnan s’adresse à son fils en ces termes « battez-vous à tout propos ; battez-vous d’autant plus que les duels sont défendus et que, par conséquent, il y a deux fois du courage à se battre. »  illustrant par ce sermon l’esprit de l’époque. L’édit n’empêche pas Louis XIII et Richelieu d’apprécier les duels et d’admirer le personnage de Rodrigue dans le Cid. Celui qui renonce à son amour pour réparer l’affront fait à son père mérite toutes les louanges pour son courage et cette acte de fidélité filiale. Qui place l’honneur de son nom et de son père avant son propre amour n’est-il pas également prêt à se sacrifier pour sa patrie ? Jusqu’au XVIII ème siècle, la France excelle dans le maniement des armes ; bien que la royauté craigne les débordements que le duel peut avoir au sein de sa noblesse, elle n’en est pas moins admiratrice. Provoquer en duel exige courage et panache ; les bretteurs les plus élégants le font avec esprit comme lors de la « Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon Monsieur de Bergerac eut avec un belître »

Tout au long du XVIIIème siècle les édits d’interdictions augmentent parallèlement aux joutes. Au XIXème siècle, le duel qui s’est popularisé, gagne le milieu de l’écriture et acquiert une dimension romantique, puis  de la  presse, d’autant plus au déclin de ce siècle où l’Affaire Dreyfus donne l’occasion de combats animés.

Hélas, aujourd’hui, l’homme ne sait plus régler ses différends par lui-même. Il les confie aux tribunaux et lorsqu’il s’agit d’une atteinte à leur fierté, il riposte par des coups veules ou des grossièretés ne lui faisant nullement honneur. Cependant le duel aurait bien des avantages : le danger, l’effort et l’audace, car il en faut pour proposer à un homme d’échanger quelques escarmouches ou balles, forgent un caractère et renforce la  confiance en soit. D’autant plus que cela nécessiterait une pratique régulière de l’escrime, sport raffiné permettant l’entretient du corps ou pour le cas du pistolet cela exercerait son agilité. Par ailleurs, dans une société qui tend à l’uniformisation générale, le duel aurait l’intérêt de permettre de se démarquer de la masse. Depuis 1990, le duel est une question qui semble revenir comme en témoigne la création de l’Association pour le rétablissement du duel en matière de presse par feu Monsieur Volkoff et Monsieur Lugan.

L’Amazone

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire