Une défense économique du piratage

« Le piratage, c’est du vol » nous répétait à l’envie un spot de prévention étatique au début de nos DVD et, si je me garderai bien de contredire cette évidence juridique, il faut rappeler qu’elles sont vraiment les conséquences économiques du piratage, celui-ci n’ayant pas tué le cinéma, loin de là.

D’abord, soyons clairs, n’est pas pirate tout habitant de France et de Navarre car les seniors, soit les plus de 50 ans qui représentent tout de même 30% du public en salles, pratiquent peu l’art du torrent dans leur ensemble. Celaconcerne essentiellement les 15-24 ans et, quoique dans une moindre mesure, les 25-49 ans, tranches d’art constituant respectivement 16% et 40% du public en salles (chiffres du CNC).

Mais, me direz-vous, ces pourcentages importent peu si, en salles, les recettes diminuent et, paradoxalement, dans les années 2010, la fréquentation des salles françaises atteint les 200 millions d’entrées par an, ce qui n’était pas arrivé depuis les années 1960. Cela peut paraître étonnant mais, en réalité, ce n’est que logique : les copies des films accessibles en téléchargement sont réalisées à partir de versions DVD, soit quatre semaines après la sortie des films, le public étant peu attiré par la qualité médiocre des copies CAM. De ce fait, lorsqu’un film français est diffusé illégalement sur la toile, il a déjà épuisé son potentiel d’exploitation ; tout au plus les films américains sont-ils affectés, leurs dates de sortie étant différées selon les pays.

Si la dématérialisation des films a affecté un secteur du cinéma, c’est celui de la vente ou de la location de vidéos et dont les chiffres, sur tous les supports, ne cessent effectivement de chuter ; c’est un fait. On pourrait en déduire que l’industrie meure à petit feu mais, en parallèle, les films hollywoodiens sont plus chers que jamais et, en France, chaque année, on produit cent longs-métrages de plus qu’il y a vingt ans.

Certes, on peut toujours supposer que le piratage tue lentement mais, a priori, il semblerait qu’il ne met pas excessivement en danger la marge financière des studios et leur capacité de production. Enfin, qu’on l’approuve ou pas, qu’on le pratique ou non, au vu de l’efficacité d’Hadopi, le piratage n’est pas près de disparaît

re et l’industrie, au lieu de le condamner, ferait mieux de le comprendre pour mieux l’atténuer ou le contourner.

Au croisement de l’histoire et du cinéma en 400 mots.

Milady

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