La Gaule libre

En -53, la Gaule se hérisse enfin d’obstacles face à la conquête des légions césariennes. Peu avant, à la suite de la révolte de l’Eburon Ambiorix, César avait appuyé sa domination en faisant frapper de verge, châtiment humiliant réservé aux déserteurs, le chef des Sénons, Accon, qui s’était rallié à la révolte.

Un jeune noble arverne allait toutefois réveiller la mémoire des anciens empires. Les grandes familles gauloises et leur parti populaire affrontaient, chez tous les peuples, les oligarchies sénatoriales qui avaient fait appel à Rome où elles étaient assurées de trouver un défenseur. Lors du congrès convoqué par César, seuls les Rèmes, les Lingons et les Eduens jugèrent opportun de députer.

Dans le même temps, on massacrait les Romains à Orléans, funeste signal d’un grand mouvement. La gloire arverne ressuscitée rallumait toutes les anciennes alliances : les nobles qui s’opposaient à Vercingétorix furent assassinés, et des otages lui vinrent de tous les pays pour l’assurer de leur fidélité. Face à la tactique expérimentée des Romains, les armées furent réorganisées en ensembles de 80 000 hommes soumis à une féroce discipline. Au Congrès qu’il réunit, les Eduens eux-mêmes lui remirent le commandement.

Face à un César défait à Gergovie et contraint d’emprunter une légion à son rival Pompée, les Gaulois, voient dans la jeunesse de leur chef renaître l’espoir d’un empire renouvelé par un homme que les dieux favorisent. Les druides rappellent à la mémoire des soldats l’exemple de Luern, la grandeur des Gaulois partis jusqu’en Anatolie, les vainqueurs de Rome et de Delphes qui portaient l’épée dans des villes dont les remparts s’ouvraient à la simple rumeur de leur passage, mais qui ne laissaient pourtant pas d’être surprises quand elles pouvaient admirer leurs vainqueurs.

On choisit Alésia dont la hauteur solitaire inspirait alors le sentiment de la protection de Teutatès et de Taran. Las ! L’artisanat de la guerre romaine saurait mettre à profit ces larges plaines alentours. En quelques semaines, des lignes de circonvallation entourent la montagne sur quinze kilomètres ; des fosses de trois mètres sont creusées et l’on installe des pièges sordides que le simple honneur militaire aurait dû toujours réprouver.

Il ne reste à Vercingétorix que l’appel à une grande mobilisation pour tout envahir et noyer la tactique sous le nombre infini des troupes gauloises. Mais les Eduens, jaloux de leur hégémonie, limitent l’armée de secours à 300 000 hommes. Le cousin de Vercingétorix, Vercassivellaun, est seul à tenter de rejoindre son général bloqué avant d’échouer. Vercingétorix devra jeter sur les pièges romains femmes, enfants, vieillards avant de se résoudre à déposer son glaive aux pieds césariens.

L’amour de l’honneur avait suscité la révolte, l’amour de l’honneur allait provoquer la défaite. La bataille, pour le Gaulois, était restée un rite : comme les athlètes grecs, on avait longtemps combattu nu, on ignorait l’art des sièges et le vainqueur devait sortir d’une bataille brève et sanglante où le courage accomplissait tout avec l’aide des dieux. La guerre moderne des Romains allait sanctionner ces idéaux.

Bienheureux soyez-vous, soldats d’Alésia ! Car cette même terre qui fut jadis votre berceau est désormais l’urne sacrée de vos cendres. Elle vou
s fit naître, elle vous arma pour éblouir toutes les autres nations : votre race naquit casquée sur ces vieux monts qui devaient voir les victoires de Gergovie. Vous prîtes la puissante Rome et, un siècle plus tard, Delphes vous ouvrit ses oracles pour vous prédire de plus vastes conquêtes. Ses paroles voilées vous annonçaient alors que, par nous, vos fils, vous arrachiez le bien précieux de l’immortalité.

Depuis votre sacrifice, d’autres générations se sont rendues dignes de votre glorieux exemple et ont rivalisé avec vos exploits pour rejoindre un aussi illustre tombeau. Soldats de Verdun ! Rejoignez en rangs serrés vos grands aïeux, vous pouvez enfin reposer à leurs côtés sans avoir à rougir d’une moins belle existence. Quant à nous, nous chérissons votre mémoire dans l’impatient espoir de voir les dieux nous octroyer une semblable grâce.

Cimon

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