Apologie du joueur

La roulette, jeu emblématique du casino

Autorisés par Napoléon III, les casinos ont changés depuis 150 ans, mais ceux qui les fréquentent aussi…

“Faites vos jeux – Les jeux sont faits – Rien ne va plus – Trois rouge impair”, quel joueur ne frissonne pas en entendant ces mots ? En entrant dans l’établissement de jeu, vous ne savez pas combien vous allez perdre, vous êtes prêt à niquer la banque. En sortant, vous vous dites qu’il ne faut pas venir au casino dans le but de gagner de l’argent pour relativiser votre défaite cuisante. Entre-temps, vos émotions ont été sollicitées.

Avec vos petites coupures, vous allez à la caisse pour les changer en valeurs. Premier choc, vous vous rendez compte que tous vos billets tiennent dans un misérable jeton que vous examinez pour arriver à cette conclusion : facile à falsifier. Après cela, vous levez votre tête et vous cherchez une table de roulette anglaise, parce que vous ne comprenez rien à la roulette française et parce que le Blackjack est trop cher. Vous allez vers une table, le croupier est en train de payer les mises du dernier tirage et vous doutez, vous vous demandez s’il ne vaut mieux pas partir, mais les autres vous regardent et vous vous soumettez au contrôle social qui vous menace. Vous demandez une couleur avec votre voix tremblotante et votre misérable valeur de 50 € que vous manquez de faire tomber en la lançant sur le croupier.

Trop tard, vous entendez « faites vos jeux », vous ne pouvez pas revenir en arrière, il faut que vous perdiez votre argent, maintenant. Vous regardez l’écran, deux manques sont sortis, vous misez une couleur sur passe, et vous gagnez, petite bite. Sur cette lancée, vous misez sur les numéros, sur vos martingales, qui sont en fait le jour et le mois de votre naissance, ainsi que votre âge et d’autres numéros à la con qui vous ont porté chance auparavant. Vous avez perdu, ça vous apprendra. Vous demandez le change inverse, et vous vous cassez. Vous avez déjà perdu 20 €, mais vous allez vous refaire, j’en suis sûr.

La table de Blackjack vous appelle. Vous ne savez pas y jouer mais c’est pas grave. Parce que vous n’êtes pas totalement con, vous arrivez à déduire qu’il faut taper sur la table pour avoir une carte. Vous vous asseyez. Vous posez une valeur dans la zone de mise, le croupier distribue habilement, vous faites Blackjack. Les mauvaises langues diront que c’est la chance du débutant, malheureusement pour vous il n’y a que des mauvaises langues au casino. La vérité sortant toujours de la bouche des mauvaises langues, vous perdez tout petit à petit, il ne vous reste plus rien, vous êtes fauchés, et vous avez l’air (très) con.

Tellement con que vous allez retirer de l’argent. Vous allez vous refaire, encore une fois. Vous avez besoin de la roulette anglaise. Vous y restez deux heures, et vous êtes raisonnable, vous sortez de la table avec 50 €. Vous êtes fier, mais vous avez toujours un air terriblement con. Vous allez à la caisse, vous changez vos valeurs en billets.

Vous faites le bilan de votre soirée. Vous avez perdu 20 €, vous avez les boules. Mais vous êtes resté cinq heures dans un établissement luxueux, l’ambiance vous a semblé bonne, les émotions ont été au rendez-vous. Finalement, 20 € pour ca, ce n’est pas si terrible. Vous relativisez, et vous avez raison, pour une fois vous ne dites pas une connerie.

Mais qui est ce « vous » omniprésent dans cet article ? C’est le nouveau joueur de casino, et ce pourrait être vous. Il est jeune, il n’a pas réellement d’argent mais il a de l’espoir. Malgré quelques bêtises, il reste raisonnable et il sait tenir longtemps. Il s’amuse beaucoup, mais il se fait emmerder par ses grands-parents qui lui font la morale, sans manquer de citer cet oncle alcoolique qui misait son mois au PMU. Ne les écoutez pas, et amusez-vous, gardez cet optimisme qui vous fait venir au casino, il ne reste plus que cela dans un monde si morose.

Hadrien Andréa de Velasco

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