Qu’est-ce que la France ?

« La France est avant tout un pays catholique de race blanche » : le scandale ayant entouré les propos que Nadine Morano prononça sur le plateau de Laurent Ruquier est représentatif du problème que pose la question identitaire française.

Si la religion ainsi que l’ethnie, toute deux évoquées dans ces propos, ne sont que deux des nombreuses facettes de ce qui unit les habitants d’un pays, c’est à travers leur exemple que nous pouvons tenter de définir ce par quoi un pays se rattache à telle ou telle identité. En effet, la France est-elle un pays laïque ou catholique ? La question semble pertinente, et elle le serait si le pays n’était pas simplement l’idée qu’on se fait des réalités étatistes et nationales d’un territoire et de ceux qui le peuplent. Car en réalité, l’absurdité de cette question résulte de l’absurdité de se demander si la France est un état ou une nation.

Le mot nation tire son étymologie du verbe latin nasci, naître. Appartiennent originellement à la même nation ceux qui sont nés du même ventre, de la même portée. À l’inverse, l’état se résume à l’organisation politique d’un territoire (voire d’une nation dans le cas, comme celui de la France, où état et nation se juxtaposent géographiquement). Or, l’état (ici l’État français, en l’occurrence le régime politique de la République Française) ne dispose pas de ce qui compose la Nation (qui se constitua au cours des siècles, dès lors que les Français eurent conscience de leur appartenance commune à quelque chose qui les dépassaient), pour la simple raison qu’une autorité politique n’a aucun moyen, à moins d’être totalitaire, d’influer sur des réalités culturelles, ethniques, religieuses, civilisationnelles. Ainsi, n’en déplaise à nos chers idéologues gauchistes se parant du titre d’intellectuel et qui se plaisent à considérer que l’Histoire de France ne commence qu’en 1789, la République est laïque, mais la France est catholique.

Cette confusion est propre à la France de par sa construction historique, elle trouve ses racines dans deux caractéristiques. D’une part, comme déjà évoqué, la France est un état-nation. La distinction entre état et nation, et donc entre ce qui s’y rattache respectivement, apparaît de manière bien plus évidente à un Allemand du fait d’une Nation Allemande, ou Großdeutschland, éclatée entre les différents états d’Europe Centrale ou à un Britannique dont l’état, le Royaume-Uni, rassemble rassemble quatre nations, l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galle et l’Irlande. Il ne viendrait à personne, pour poursuivre l’exemple du Royaume-Uni, l’idée de contester qu’un Nord-Irlandais vit dans état dont la religion officielle est l’Anglicanisme et la langue officielle est l’Anglais, mais dans une nation dont la religion majoritaire est le Catholicisme et la langue culturelle est le Gaélique ; il serait bon qu’il aille de même vis-à-vis d’un Français.

D’autre part, et c’est la comparaison avec l’exemple allemand que nous poursuivrons ici, la revendication de  d’un état français précède chronologiquement la revendication d’une nation française. Durant toute l’époque capétienne, était français celui qui était régnicole, sujet du Roy de France, et était régnicole celui qui vivait sur le territoire du Royaume ; ce n’est qu’à partir du déclenchement du processus de construction étatique que l’idée d’appartenance commune, la volonté de «vivre ensemble» diront les philosophes des Lumières, et donc de sentiment national vont pouvoir émerger. À l’inverse en Allemagne, c’est l’existence d’une nation allemande qui précéda l’état, apparaissant en réaction à l’universalisme français du XIXème siècle et se basant donc sur les concepts de langue et de race allemande, bien avant l’unification de l’Empire Allemand ; cette asymétrie de processus explique l’attachement des états français et allemand à appréhender leurs nationalités respectivement selon le droit du sol ou le droit du sang, le premier privilégiant la volonté étatique au détriment des réalités nationales.

Si ces deux exemples, religieux pour l’un et ethnique pour l’autre, s’additionnent avec un certain nombre d’autres composantes de la Nation, toutes se sont construites au fil des siècles pour aboutir à un France dont la réalité est indépendante des ordres établis. Le pays légal ne correspond-t-il plus au pays réel ? L’Etat nie-t-il la Nation ? Qu’importe ! Les régimes passent, la Nation Française est éternelle.

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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