Je ne trouve pas la Saint Patrick sympatoche.

Il est communément admis, chez les jeunes et moins jeunes filles, que j’ai un beau corps. Je pourrais faire le modeste et dire que je n’ai aucun mérite à cela, que je dois tout au stock génétique exceptionnel de ma famille, et que dans le fond cela importe peu, que l’important, c’est la beauté intérieure, etc… On ne va pas se cacher la face: si je ressemble davantage à un Michel-Ange qu’à un geek en surpoids ou un jeune apparatchik de l’ UNEF précocement rondouillard, c’est parce que je prends grand soin de moi, que je m’entretiens; par exemple, je mange beaucoup de carottes râpées, que j’accompagne d’un peu de vinaigre, de persil, et de petits raisins secs.

Or, la contemplation de mon plat de carottes râpées d’hier m’a rappelé en mémoire un sinistre phénomène de saison: la Saint-Patrick, ce jour spécial où les rouquins se sentent un peu tolérés et que l’odeur particulière dégagée par les poils-de-carottes est perçue davantage comme une manifestation identitaire que comme un déficit d’hygiène corporelle. Vous allez peut-être souligner mon manque d’objectivité dans ma critique de cet événement festif et houblonné, puisque j’habite dans un quartier recelant de nombreux bars; je les vois bien, moi, tous les 17 mars, ces crétins imbibés qui errent sous mes fenêtres, gueulent puis dégueulent, pissent dans les plantes de la concierge, le tout habillés de fausses barbes de Leprechaun et de chapeaux irlandais en plastique vert du plus mauvais goût. Honnêtement, je trouve ça plutôt minable cette journée où tout le monde trouve l’Irlande géniale (alors que le reste de l’année, on s’en fout), se met à vouloir danser la gigue après trois stouts, se pâme au son insupportable du tin whistle… C’est là toute l’hypocrisie de notre époque: on est un alcoolique notoire, constamment avide de débauches bacchiques, mais on se cherche des prétextes… A titre personnel, quand j’ai envie de boire de la stout, je ne fais pas semblant d’aimer la culture irlandaise…

Je ne trouve pas la Saint-Patrick sympatoche. Déjà parce que je ne m’appelle pas Patrick. D’autre part, je lui reproche son artificialité, sa vulgarité, au même titre que la Saint-Valentin le mois précédent. Je reconnais cependant que certains puissent y trouver leur compte: les quantités de bières qui coulent le soir du 17 mars font le bonheur des débitants deboissons et des débiles du caleçon: moches, militant-e-s de l’UNEF et rouquins, dont la vie sexuelle est en général assez morne sans assistance éthylique. Si malgré tout le mal que j’en dis, vous persistez quand même à vouloir vous abandonnez à l’ivrognerie conformiste saint-patricienne que réclame votre naturelle beauferie estudiantine, ne traînez pas trop dans ma rue le 17 mars, j’ai fait l’acquisition récente d’une arbalète dans un magasin de chasse. Ceci à titre d’amicale prévention…

Clovis Deforme

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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