Les « amis du roi » contre la censure révolutionnaire

Notre imaginaire républicain associe souvent l’Ancien Régime à la censure et à la privation de libertés. On retient que la liberté de la presse fut consacrée avec l’avènement de la République ; or elle le fut sous la Monarchie Constitutionnelle.

Mais qu’en est-il de cette liberté de presse, pendant la Terreur et le début de la République ? Ironiquement, c’est à la chute de la Royauté le 10 août 1792 qu’elle fut annihilée. La Convention pratique la censure, la faisant tomber aussi violemment que le couperet de la guillotine, sur toutes publications invitant à regarder vers d’autres horizons. Néanmoins, « les vrais amis du Roi » comme ils se nomment eux-mêmes, n’hésitent pas à poursuivre la diffusion d’une presse royaliste allant à contre-courant de l’adhésion générale aux idées républicaines que veut susciter la Terreur puis le Directoire.

Dès l’été 1789, les journalistes royalistes perçoivent le danger d’une nation qui serait séparée du Roi. Ils ont conscience que la Nation ne peut exister que si le peuple français forme un corps vivant, lui-même rendu possible par le lien sacré qui unit le Roi à ses sujets. L’Abbé Royou, qui fonde en 1790 « L’Ami du Roi », invite à se méfier du nouveau fanatisme républicain tout en étant favorable à la mise en place de réformes. Ses réflexions sont, comme il le dit lui-même, « dictées par le patriotisme et la plus sévère impartialité. » Il s’inspire de Bossuet qui disait : « le patriotisme c’est l’amour qu’on a pour soi-même, pour sa famille et pour ses amis et qui se réunit pour l’amour qu’on a de sa patrie ».

À l’avènement de la Convention Nationale, suivant un arrêté de la Commune de Paris, les journalistes et imprimeurs royalistes sont arrêtés et leurs matériels distribués aux « imprimeurs patriotes ». Certains journaux disparaissent mais la majorité poursuit leur lutte contre l’ascension de la République. Après l’assassinat du Roi, la censure gagne en intensité : bafouant une nouvelle fois la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, les très fervents partisans de Robespierre proclament, dans un décret de mars 1793, la peine de mort pour « quiconque aura composé ou imprimé des écrits qui proposent le rétablissement de la Royauté en France ou la dissolution de la Convention ». Pour justifier ces actes, Saint-Just disait, suivant une logique de Terreur : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». L’intolérance, la contradiction et la violence sont donc choses courantes chez ces « amis du peuple ».

À la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, se lève une nouvelle génération de journalistes royalistes. Cependant, la Convention Thermidorienne suivie du Directoire de 1794 à 1799 poursuivent le contrôle de la presse contre-révolutionnaire. Nonobstant les menaces toujours en vigueur, les journaux alors interdits réapparaissent. Quelques jours avant le coup d’État du 18 Brumaire, le Directoire supprime officiellement la liberté de la presse qui était déjà d’une fragilité telle qu’elle remettait en question les idéaux révolutionnaires. Si à l’arrivée de l’Empire beaucoup de journaux cessent ou se rallient à la cause de l’Empereur, de nombreux écrits royalistes continuent de circuler passant outre l’hostilité de l’Empereur à leur égard. Ainsi, les royalistes, malgré l’ombre du danger qui durant toute cette période de trouble a pesé sur eux, n’ont jamais cédé à la censure. Cherchant à défendre l’intérêt de la Nation et mettant en garde contre le violent fanatisme révolutionnaire, les journalistes royalistes ont su rester fidèles au Roi et à leurs valeurs sans pour autant refuser d’admettre la nécessité de réformes.

L’Amazone

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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