L’anticonformisme est-il un conformisme ?

L’anticonformisme consiste à refuser de se conformer aux idées et aux usages de la société dans laquelle on vit.

Au sens strict du terme, être anticonformiste est donc à la fois téméraire et difficile à vivre, car source de critiques constantes de ceux qui respectent les normes auxquelles l’anticonformiste entend se soustraire.

Mais voilà que par un surprenant retournement de situation, le fait d’être anticonformiste est, depuis plusieurs décennies, une source de fierté. En effet, l’anticonformisme supposant une attitude active (contrairement au conformisme qui suppose une attitude passive), un individu qui le pratique cherche à prouver aux autres (et à se prouver à lui-même) qu’il est vivant et capable de réfléchir par lui-même, et donc un homme libre, éternel insoumis aux diktats des exigences sociales.

Par ailleurs, de nos jours, se dire «anticonformiste» ne suscite pas de méfiance mais devient au contraire socialement gratifiant et, par voie de conséquence, une forme de conformisme, dès lors que l’anticonformisme n’est plus considéré comme un moyen d’action ou un passage obligé vers un but donné mais comme une fin en soi.

Mais ce culte du rebelle est un caprice enfantin car il repose sur une impossibilité conceptuelle : être un rebelle tout en étant applaudi par la société. Garder, comme le soulignait Maurice Druon, un cocktail Molotov dans la main et dans l’autre la sébile, sans vouloir choisir. Autrement dit : vouloir le beurre et l’argent du beurre.

C’est de cette volonté contradictoire de rejet du conformisme par désir de reconnaissance que sont nés les hipsters, champions de la « rebellitude » qui, en suivant une mode (capillaire et vestimentaire) entendent démontrer leur rejet des… modes.

La « rebellitude » a à son tour accouché d’un totalitarisme sournois (la « rebellocratie » chère à Muray) : désormais, ce sont les dirigeants de la société qui distinguent le bon rebelle du mauvais, selon des critères aussi arbitraires et hypocrites que ceux qui distinguent le bon chasseur du mauvais chasseur.

Vous voulez, par exemple, contester les méfaits de la mondialisation ? D’accord, mais ne soyez pas antimondialistes, c’est-à-dire nationalistes, fermés sur vous-mêmes et xénophobes (et donc potentiellement de monstrueux nazis). De ce terrorisme intellectuel est né l’alter-mondialisme (c’est-à-dire « l’autre mondialisme »), qui, en se contentant de dénoncer certains effets sans vouloir en dénoncer les causes, se condamne lui-même à échouer.

Mais nos mutins de panurge, soucieux d’assouvir leur besoin vital de rébellion et d’indignation™ tout en restant dans les clous du confort social ne voient pas la différence et n’entendent ni se rebeller ni s’indigner™ contre cette grotesque injustice.

Pierre Tomballe

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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