Quand j’entends le mot « impacter », je sors mon Glock !

Dès le matin, ça démarrait, immanquablement. Le radio-réveil hurlait les chroniques de France Inter dans mes oreilles encore mal réveillées.

Cet infâme objet me tira d’un rêve érotique plutôt surprenant, où Nathalie Kosciusko-Morizet, court-vêtue de cuissardes et d’un soutien-gorge en cuir, martinet à la main, me traitait de vilain garçon, d’ordure fasciste qu’elle allait corriger et rendre plus « républicain ». France Inter donc. La voix d’une chroniqueuse bête à manger du foin, récitait des âneries charliesques sur le vivre-ensemble, la nécessité de ne pas faire d’amalgames, le danger de l’extrême-droâte, chronique qu’elle conclut par ce mot : « pisse ».

Mal réveillé disais-je, je ne compris pas ce que venait faire cette injonction à la miction, quand soudain je percutai : ce n’était pas « pisse », mais « peace » ! Un mot anglais… Cette pétasse avait osé conclure son creux verbiage par un mot anglais ! Je pestai, fermai le poste, me préparai et mis le cap sur la Sorbonne. Je croisai ma concierge : « Alors, vous avez passé un bon week-end ? » me dit la brave portugaise. « Ca va, la fin de semaine fut agréable, merci ». Ça augurait mal… Métro : « attention, des pickpockets peuvent être présents dans les rames ». C’est si compliqué de dire « voleurs à l’arrachée » ? Trois syllabes supplémentaires, c’est une perte de temps si considérable ? Je commençai à bougonner méchamment. La différence entre les anglicismes et la gastro-entérite, c’est que la gastro ne nous menace que l’hiver. Sur cette très juste réflexion, j’allai en cours, et cassai, excédé, mon stylo Bic lorsque le directeur de TD, un jeune barbu à grosses lunettes, à la voix et aux manières efféminées, employa dans son propos le terrible, l’abominable, l’éminemment exécrable, le ctulluhuesque mot-fétiche des journalistes sociaux-démocrates liseurs de prompteurs : « impacter ».

Quand j’entends le mot « impacter », j’ai envie de sortir mon Glock. Puis je reçus un SMS m’invitant à prendre un smoothie dans un bar, un autre pour un brunch le dimanche suivant… Vers midi, j’étais sur le point d’exploser après tant d’agressions envers la belle langue, cette contamination des bouches et des têtes par le vocabulaire anglosaxon (quiconque a un bagage, ne serait-ce que minime, en philosophie, sait que la langue conditionne la pensée : l’allemand a donné Hegel ou Heidegger; le français Descartes et Comte ; le franglais, ça donne des hipsters à barbe, le NEANT de la pensée et du style), lorsque je croisai une jolie jeune fille, lointaine connaissance, place du Panthéon. Résistant dans l’âme face à la contamination crétino-puritaine anglo-saxonne, je me sentais plus Français que jamais, fier d’être Gaulois, et j’avais dans l’idée de faire de bien rabelaisiennes choses à la demoiselle. Je décidai de commencer en douceur en l’invitant à prendre un pot. « Désolée, j’ai un timing super-serré en c’moment, j’suis overbookée, mais on s’capte la s’maine pro pour un happy hour s’tu veux… ». C’en était trop. Ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre ; c’est elle qui reçut la gifle que je contenais depuis le matin. Après avoir porté la main sur son minois (à défaut d’avoir eu son minou), je rentrai chez moi, à bout de nerfs, me servis un calva, puis un second, puis un troisième pour être sûr, fermé les rideaux et me réfugiai dans mon lit, aménagé pour le coup en forteresse, loin de ce monde vulgaire, où les gens parlent si mal. J’étais fatigué, nerveusement usé, bref : je sentais que j’avais besoin de faire un break…

 
Clovis Deforme

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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