« Est-ce que c’est ça l’islam ? »

Ce qu’il ne faut pas faire, c’est répondre promptement. Le réflexe de penser et scander « c’est pas ça l’islam » est aussi dangereux qu’irréfléchi.

La bien-pensance socialo-médiatique ne veut pas que l’on se pose cette question, l’obscurantisme qu’ils répandent interdit de raisonner. Ce qu’il faut faire, c’est se pencher sur l’Histoire de l’Islam, regarder vers le passé pour comprendre le présent. Telle est la démarche éclairante qu’une personne de bonne foi se doit d’adopter. Quand on commence à se pencher sur la boîte noire de l’Islam, on s’aperçoit en premier lieu que la question est très mal formulée, à dessein.

La question fondamentale doit être la suivante : « Doit-on dire que l’État Islamique et les terroristes appartiennent au monde musulman ? ». Avant de se lancer dans l’analyse historique, il est nécessaire de faire un constat : L’É.I. se réclame de l’Islam. Ce point peut servir à lui seul à répondre à la question initiale, si on considère que l’on appartient à une civilisation lorsque l’on s’en réclame.

On date le réel début de l’islam à l’Hégire en 622, bien que Muhammad eut sa révélation autour de 610. On date les premiers craquements de la communauté (Umma) au califat de Uthman, à partir de 644, parce qu’il a écrit une version officielle et unique du Coran. L’Islam uni a duré 22 ans, l’islam divisé dure depuis plus de 1370 ans. Les courants de l’Islam que nous connaissons aujourd’hui datent de la fin du califat d’Ali (656-661). Le calife Uthman s’est fait assassiner pendant sa prière, et son successeur Ali est accusé d’avoir commandité le meurtre. Le gouverneur de Damas, Mu’awiya, se rebelle avec son armée qui met, selon un auteur abbasside surnommé Tabari, des feuillets du Coran au bout de ses armes. Ali se refuse à toucher au Coran, il accepte un arbitrage face à Mu’awiya. L’arbitrage va faillir, et Mu’awiya est désigné nouveau calife de l’islam. Cet événement marque la scission de l’islam en trois courants : les sunnites qui suivent Mu’awiya et la tradition du Prophète (Sunna), les chiites qui sont partisans de Ali (chî’at ‘Ali), et ceux qui se sont désolidarisés de Ali lorsqu’il a accepté l’arbitrage, les Kharijites. Et encore dans les différents courants il y a des sous-courants. Ces différences, à l’origine religieuses, ont donné et donnent encore des divisions politiques, voire diplomatiques : le monde occidental, dirigé par les États-Unis, considère le Qatar ou l’Arabie Saoudite comme des alliés, les deux sont sunnites (wahhabites), alors qu’ils se déclarent ennemis de l’Irak et de l’Iran qui sont chiites.

L’islam n’est donc pas un et indivisible. S’il est vrai que des musulmans prônent la paix, il est concevable que d’autres appellent au meurtre. Ce fut le cas d’une minorité Kharijite, les Azraqites, un mouvement violent qui considérait que les musulmans en désaccord avec eux étaient des païens, ils appelaient au massacre. Les méthodes Azraqites ressemblent fortement à celles de l’État Islamique. Daesh, sunnite, s’inscrit dans l’histoire de l’islam, dans une continuité de l’oeuvre des Omeyyades et des Abbasides. Les terroristes de l’É.I. sont clairement et objectivement musulmans, et ce n’est pas un slogan socialo-communiste, relayé par la presse partisane, qui remettrait en cause l’évidence historique.

Hadrien Andrea de Velasco

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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