Corse : la démission de l’État français

La Corse un territoire à part ?

Après le discours d’ouverture où, en langue corse, l’indépendantiste Talamoni, nouveau président d’une assemblée territoriale qu’il a jurée, pendant sa campagne, de faire constituante, promettait de « tout faire pour que le peuple Corse soit maître sur sa terre », la démission de l’État français sur le territoire Corse continue.

Le soir de Noël, des pompiers ont été appelés dans le quartier immigré « sensible » des Jardins de l’Empereur à Ajaccio afin d’y maîtriser un incendie volontaire. Procédé de plus en plus courant dans ce type de quartiers (certaines bandes vont jusqu’à directement allumer les incendie pour appâter les soldats du feu), les pompiers tombent alors dans un véritable guet-apens : « un déluge de pierres et de barres de fer », rapportera l’un d’eux, déclenché par des individus cagoulés et déterminés, aux cris de « sales Corses, cassez-vous ».

Peu coutumiers de ce qui est en passe de devenir une tradition en certains endroits du continent, des centaines d’autochtones excédés décident, le lendemain, d’effectuer dans la « cité » une descente (terme policier) qui vire rapidement à l’expédition punitive : « Arabi fora » (« les Arabes dehors ») pouvait-on encore lire le lendemain sur certains murs de la cité… Sommet de cette action plus symbolique que violente : le saccage d’une salle de prière musulmane clandestine.Il faudra attendre cet événement pour voir le premier ministre s’indigner de l’agression de la veille. Les habitants, faisant l’âpre constat que les autorités les abandonnent, cherchent à se faire justice eux- mêmes ou bien, selon un participant, à « faire visiter la cité aux CRS » qui n’y rentrent presque plus. Croyant apaiser les tensions en fermant angéliquement les yeux sur la violence dans certains « quartiers », le gouvernement réveille au contraire de vieux réflexes de représailles communautaires. « L’homme n’est ni ange, ni bête, nous enseignait Pascal, et le malheur veut que «qui veut faire l’ange fait
la bête »…

Reste une question en suspens : pourquoi les forces de sécurité n’ont-elles pas empêché cette « descente » ? Simple faille ? La colère des pompiers corses (dont le chef a critiqué vertement l’abandon dont font l’objet ses collègues du continent) a-t-elle également atteint les policiers, qui se sont montrés plus souples ? Ou bien serait-ce une stratégie du gouvernement pour déstabiliser la coalition nationaliste récemment arrivée au pouvoir sur l’île de Beauté (et contre laquelle les pharisiens du vivre-ensemble™ et des « valeurs républicaines »© n’ont pas jugé bon d’ériger un « front républicain »)?

Une chose est sûre : 2015 aura marqué un tournant dans le domaine identitaire.

Pierre Tomballe

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Comte des cigales. Lit Queneau dans sa baignoire

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