Jean d’Ormesson, un homme de citations

Jean d’Ormesson, un homme de citations

 

« La mort fait partie de la vie » révélait un jour d’audimat Jean d’Ormesson, ce puits de science dont le cancer est venu valider la profonde sentence. Comprenez pour les moins littéraires, ou ceux qui ne sont pas familiers de ce romancier : on meurt tous un jour. Sagesse de vieux sage. Et nul doute que la lectrice d’Ouest-France ou l’électeur filloniste moyen de Saint-Malo n’y trouvera rien à redire.

Alors, pour lui rendre hommage, journalistes et commentateurs ont exhumé les traces écrites et (souvent) parlées de sa bonhomie audiovisuelle ou de son bel esprit figaresque ; oubliant qu’il s’agissait accessoirement d’un écrivain. Et qu’un écrivain, en général, écrit des livres. Or, ses livres, aucun hommage ou presque n’en parle.

Pour cause, les « livres » dudit Jean d’Ormesson n’en étaient pas vraiment ; sauf à ce qu’un livre ne soit qu’un amas de signes imprimés sur du papier ; auquel cas il faudrait toute la mauvaise foi de ses louanges pour ne pas lui accorder d’en avoir écrit.  Il convient donc de laisser parler cet auteur que personne n’a lu pour vous convaincre en 5 maximes solaires que le bon d’Ormesson n’était en littérature à peu près rien.

1 –  « On meurt tous un jour »  dit- il un jour en conférence à une salle qui le trouva profond.

2 – « J’ai beaucoup ri. J’ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n’est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle » pour qui bêle que la vie l’est.

3 – « C’est ça qui me fait peur dans le bonheur : l’usure, la lassitude, l’effilochage. » le bonheur rend malheureux ; eudémonisme de pointe et audace de l’oxymore qui valurent à Jean d’O les honneurs de l’Académie.

4 “Je me suis d’ailleurs énormément trompé. Je veux donner deux exemples très rapides. Le premier quand Mao est mort, j’ai fait un article pour “Le Figaro” sur Mao, qui était presque exclusivement un éloge. Autre exemple, quand Khomeini est mort, j’ai prophétisé la chute du régime des mollah en Iran.” retiendra-t-on du bon Jean d’O qui, à défaut de talent, signalait de rares et involontaires instants de lucidité sur l’absence de celui-ci.

 

Notre lecteur l’aura compris, Jean d’Ormesson fut plus un homme de citations qu’un homme de lettres, et cela à tel point qu’on ne compte plus désormais celles qu’on lui attribue à tort, souvent censées d’ailleurs faire montre d’un esprit plus ou moins « de droite ». Quelques articles hostiles à Mitterrand auront suffi à donner à Jean d’Ormesson un brevet de contre-révolutionnaire et à en faire la bouche de toutes les phrases plus ou moins hostiles à la gauche, aux ouvriers, au socialisme. Exemple d’une citation apocryphe (prise en faite à… Coluche) : « Les syndicalistes ont tellement l’habitude de ne rien faire que lorsqu’ils font une grève, ils appellent cela une journée d’action. »

Quelques lecteurs se souviendront de la fausse lettre adressée à Najat-Vallaud Belkacem qu’une simple recherche sur Google permettra de retrouver.

Que fut d’Ormesson hors de ce qu’on lui a fait dire ? Aussi peu de chose que sa philosophie de vieux sage africain prêchant dans sa cabane. C’est-à-dire à peu près rien.

Sic transit gloria mundi.

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