Le « Rochedysme » en neuf leçons

Le Rochedysme en neuf leçons

Depuis longtemps, au prétexte qu’il ne faut pas “diviser la droite”, son intelligence s’est endormie sous la chape de plomb que lui ont imposée ceux qui parlaient le plus fort. La droite refuse de se diviser faute de tradition critique. Plus que la division, la peur des idées la fera mourir.

 

De grandes âmes reprochent à la droite d’être “chiante”, surannée, de trop lire, de grogner, de réagir,  de se “faire enculer par des Grecs”, de ne pas aller sur les réseaux sociaux ou de porter des lunettes rondes. Elles en ont assez des frustrés, des intellos besogneux, des “droitards” et des gens-qui-ne-portent-pas-leurs-couilles. Plus encore, elle “pense”  la désuétude de la pensée. “Aujourd’hui”,  la droite doit vivre avec son temps, cueillir le jour, “cogner ou rigoler”. “Rigolote”, cette droite l’est malgré elle ; elle aura pu trouver une sorte de parangon dans le rochedysme, qui faute d’être un programme ou une pensée, est toute une attitude. Nous avons donc résumé en 9 leçons, pour les seuls lecteurs de notre journal, la manière dont vous parviendrez à devenir le Surhomme rochedyste que vous auriez toujours dû être.

 

 

Première leçon  : rigoler ou cogner 

Un Surhomme de droite, ça rigole ou ça cogne, mais ça ne pense pas, parce que c’est « chiant ». Enfin… disons que ça fait “chier” le monde. Le même monde, qui est “sur Instagram”, regarde “les bagnoles”, fait de la moto et va en boîte. Alors pour ne pas “faire chier” ce grand monde, mieux vaut ne pas trop trainer en bibliothèque et ratiociner sur la chute des temps et des moeurs.

Deuxième leçon : se coiffer 

S’’il ne pense pas, le Surhomme prête attention à son brushing. Astuce pour avoir la classe même quand on a pas d’argent : ouvrir le capot d’une voiture, plonger ses mains dans le cambouis, puis se lisser les cheveux en arrière, pour obtenir tout le swagg du gominé de droite (et ça, ça fait craquer les pépettes en août au camping de Palavas-les-Flots, donc pour la virilité, c’est bien).

Troisième leçon : quantifier et mépriser 

Pour en être vraiment un, le Surhomme regarde de très haut ce qui n’est pas lui. De ce fait il ne respecte pas grand’chose ; hormis le quantifiable. Le surhomme sait bien compter : nombre de milliers d’euros gagnés par mois, nombre d’heures passées en classes affaires, nombre de pénétrations sur la côte en août…

Quatrième leçon : ne pas se faire enculer par des Grecs 

Si penser est ringard, le surhomme de droite se souvient avoir essayé. Mais il y a longtemps. Avec des souvenirs brouillés. Ce qui lui permet d’agiles synthèses. Exemple : Caton l’Ancien est devenu stoïcien quand bien même on nous rappelle qu’il avait peu d’amitié pour la philosophie grecque. Stoïcien, entendez en fait loser, vieux, con, réac’ et décrépit ; promis à l’enculage hellénistique nous dit-on, alors qu’il a assisté à la conquête de la Grèce. On a hâte d’entendre de nouvelles exégèses aussi révolutionnaires, tout droit sorties d’un bouillon culturel mal digéré.

Cinquième leçon : citer Nietzsche 

Il vous faut lire Nietzsche (sur Wikipédia). Par exemple, si Caton avait lu Nietzsche, il aurait appris à porter ses couilles. Il n’aurait pas été un droitard, tentant maladroitement de sublimer son ressentiment en vomissant l’univers trop tiède de sa bouche fragile. Vous pourrez ainsi ponctuer vos phrases de “comme le dit Nietzsche” ou “au sens nietzschéen du terme” lorsque vous parlerez de ces sous-hommes à lunettes, qui sont des “hommes du ressentiment” parce que vous avez une belle voiture et des gros muscles. Zarathoustra, à côté de vous, ne sera plus qu’un clodo.

Sixième leçon : citer d’autres que Nietzsche 

Même si Caton est un gros nul, il n’est jamais inutile d’en parler. Depuis la période classique, nous savons que les Anciens sont un réservoir de leçons ; agrémentez donc votre discours de quelques anecdotes. Les heures passées dans votre salle de bain ne vous ont pas permis de fréquenter assidûment les Anciens ? Toujours, lisez Wikipedia et faites des conjectures pour le reste. Rassurez-vous, vos augustes fréquentations de Surhomme n’y verront que du feu.

Septième leçon : tout connaître sur rien 

Lisez de tout, mais seulement un peu. Cette simple maxime vous épargnera de longues heures d’études. Vous aurez du temps pour vivre votre vie. C’est -à-dire : aller sur la côte, faire du blé, être beau, bronzer au soleil et le montrer sur Instagram.

Huitième leçon : se prendre en photo 

Tout se passe d’ailleurs sur Instagram. Et le Surhomme de droite nous rappelle fort opportunément “qu’il est dessus”. Donc, encore une fois, soyez-en. 

Neuvième leçon : jouer, rire, s’amuser 

La base électorale de la droite va à La Baule, a réussi sa vie, aime sortir à l’occasion. Elle veut vous voir rire, faire la fête – cet unique bien de ceux qui n’ont rien – et vous amuser. Pensez à Marine le Pen célébrant sa défaite aux élections présidentielles en boîte de nuit : rien de tel pour remonter le moral des troupes et fédérer le pékin moyen. Et puis le sujet s’y prête : les tournantes n’ont-elles pas ce côté pittoresque irrésistible ? le grand remplacement n’a-t-il pas d’incontestables vertus exotiques olé-olé ?

Ainsi parlait Zarathoustra et il quitta sa caverne, ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes.

 

Précision de la rédaction : nous avons souhaité ici prendre des accents satiriques pour dénoncer cette tendance, nouvelle et si propre à notre temps, qui consiste à croire qu’il est devenu inutile de penser dans un monde qui ne pense plus ; c’est bien pourtant l’inculture, l’incapacité à exprimer des idées claires, l’assoupissement généralisé qui nous ont, dernièrement, coûté cher, et nous obligeront bientôt à chercher des haillons de pensée chez la gauche qui, malgré tous ses défauts, sait encore son importance. L’esprit de sérieux n’est pas un esprit d’abandon ; seuls abandonnent ceux qui se résignent au nouveau paradigme de l’Image.

Trackbacks/Pingbacks

  1. La presse-pensée, ou la pensée au presse-purée | La Camisole – le journal intellectuel qui se fait violence - […] temps est plein des symptômes de la presse-pensée ; nous avons souhaité recenser les deux plus caractéristiques pour rendre…
  2. Fréquence Camisole #15 [Radio Libertés] – Julien Rochedy VS La Camisole : le clash | La Camisole – le journal intellectuel qui se fait violence - […] …Écrivions-nous il y a peu. Pour en parler, Julien Rochedy a eu la gentillesse de venir débattre avec nous.…

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *