Voyage en Corée Parisienne 2/2

The Battleship Island (de Ryoo Seung-wan) :

1945, alors que la guerre est bientôt perdue pour les Japonais, ceux-ci continuent à envoyer des Coréens, qu’ils ont conquis, dans les mines extraire le minerai nécessaire à l’effort de guerre. L’un de ces filons est situé sur une ile forteresse, Hashima. Les esclaves coréens, qui survivent tant bien que mal, décident de mettre en place un plan pour s’échapper. Au même moment, un soldat de l’armée de libération coréenne est envoyé sur l’ile afin d’exfiltrer un haut dignitaire de la résistance, retenu lui aussi comme mineur dans la forteresse…

La séance du samedi soir était dédiée au cinéma grand spectacle. Autant dire que nous n’avons pas été déçus. Ryoo Seung-wan signe un film magistral, qui n’hésite pas à mélanger moments de bravoure, humour et retournements de situation comme seul le cinéma coréen sait en faire. Dense, violent et maitrisé du début jusqu’à la fin, The Battleship Island, que vous pourrez bientôt retrouver dans les salles obscures françaises, s’impose comme le film du festival.

A noter également un plan final intéressant, celui du bombardement atomique de Nagasaki. L’image devient noire et blanche et seul le champignon nucléaire est colorisé. L’un des personnages rappelle alors, tétanisé par l’horreur : « Il y aussi des Coréens là-bas ». Une façon subtile de signaler la brutalité avec laquelle les Américains s’évertuent à livrer la guerre dans un messianisme puéril aux nombreuses victimes collatérales. C’est aussi bien évidemment une référence au péril nord-coréen, à l’actualité bouillante. Enfin, le film se termine par un texte qui apprend aux spectateurs que l’ile d’Hashima pourrait être ajoutée au patrimoine de l’UNESCO si les Japonais reconnaissaient avant la fin de l’année les crimes de guerre qui s’y sont perpétrés. Bien loin de l’éthnomasochisme européen, le pays du Soleil Levant, qui considère la seconde guerre mondiale comme un conflit parmi d’autres, n’a toujours pas donné suite…

The King’s Case Note (de Moon Hyun-sung) :

C’était une comédie d’action légère qui était projetée pour la séance du dimanche soir. Sous la dynastie Joseon (1392-1910), une rumeur prophétique annonce la destitution du roi par son neveu, accompagnée d’évènements étranges en tout genre. Ces derniers se réalisent et l’exubérant monarque décide de mener lui-même l’enquête pour révéler le complot qui se profile, accompagné de son nouveau chroniqueur royal, qui ne s’imaginait pas se retrouver à un poste aussi dangereux…

Ce qui marque ici est clairement le rapport à la monarchie au pays du matin calme. Imagine-t-on un film français faire de Louis XIV et de Colbert les protagonistes d’une comédie d’action, dans laquelle le duo n’hésite pas à jouer de l’épée ou à effectuer des tours de passe-passe, tout en évitant une explosion mortelle en s’échappant à bord d’un sous-marin en bois construit par le De Vinci national ? D’aucuns pourraient dire qu’il s’agit là, pour un cinéma bourgeois et républicain, d’une façon de se moquer de vieilles institutions désuètes. Cela ne serait pas rendre hommage au film, tant il traite avec bienveillance le roi, présenté comme le héros de l’histoire mais aussi comme l’homme le plus intelligent et courageux de Corée, et donc son dirigeant légitime. A vrai dire, le pays n’a pas connu de révolution des Lumières à proprement dit (la monarchie s’effondre sous l’invasion japonaise, c’est-à-dire par une force exogène et non endogène). Il n’a de ce fait aucun problème pour saluer son passé médiéval, les nombreuses séries télés historiques qu’il produit allant également dans ce sens.

Pour ce qui est du film en lui-même, bien qu’il ne provoque pas l’hilarité du spectateur, celui-ci reste tout à fait agréable. L’humour, très « slapstick », repose ainsi en grande partie sur le duo, entre un monarque affuté, malin et bagarreur, et un chroniqueur bedonnant et froussard mais loyal, horrifié de voir son roi se mettre en danger de la sorte.

The Mimic (de Huh Jung) :

Soirée d’Halloween oblige, le festival programma un film d’horreur. Une famille, dont le fils a disparu, s’installe à la campagne et découvre une petite fille perdue dans les bois. Au même moment, d’étranges disparitions ont lieu autour d’une grotte non loin, que l’on dit hantée par un démon…

Autant le dire de suite, le 12ème FFCP méritait sans doute mieux comme film de clôture. Convenu dans ses thématiques de l’angoisse et peu effrayant, le métrage est sauvé par une fin absolument déchirante, qui mélange parfaitement drame familial et film d’horreur. Elle ne parvient cependant pas à sauver le film (mention spéciale à la grand-mère, qui disparaît purement et simplement de l’histoire).

La 12ème année du festival fut donc un cru de qualité qui témoigne à nouveau de l’excellente santé du cinéma coréen (en dehors du FFCP, on recommande ainsi Tunnel et Sans Pitié, sortis en 2017 dans les salles françaises). Il ne faut cependant pas oublier que la raison d’être d’un festival de ce genre est de séparer le bon grain de l’ivraie. On attend en tout cas avec l’impatience l’édition 2018.

Antoine Plisquenne

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