La Ve République, le régime contradictoire

Quand de Gaulle prenait le pouvoir devant un parterre de députés aux abois, le rusé politique savait qu’il allait, sous la forme d’une République, tailler une constitution à la mesure de sa personne. Elle ne nous reste aujourd’hui que comme un monument à sa mémoire, source d’un recueillement mêlé d’un inutile espoir que la France traîne comme une immense pierre tombale.

La Ve République n’est pas seulement une constitution : elle est l’œuvre d’un homme qui y a cristallisé tout son caractère, jamais elle n’a dépassé, même sous la présidence de Sarkozy, la figure de son fondateur, capable de se poser en défenseur de l’ordre social pour susciter, au besoin, l’effroi des petits épargnants, au service d’un conservatisme mesquin qui abandonnera la politique au bénéfice de l’organisation technocratique menée par ses nouveaux énarques. Il n’en reste pas moins que de Gaulle reportait toute son œuvre politique vers l’extérieur, gardant toujours à l’esprit l’impératif de grandeur nationale.

Depuis, la médiocrité a succédé à la médiocrité et ces vieux parlementaires de la IVe ont repris les rênes qu’on leur avait retirées par la force. A ceux-là, la puissance de la nouvelle constitution a donné des outils qu’un véritable parlementarisme ne leur aurait jamais accordés : majorités asservies au partis, chef d’Etat puissant qui peut contrefaire, à la gaullienne, le défenseur du statu quo.

Le non-dit de la Ve République tenait à ce que la légitimité de ses dirigeants ressortait de leur capacité à assurer l’ordre et à négocier les situations d’urgence – une légitimité autoritaire – ; la légitimité parlementaire se fonde sur le scrutin et ressort de sa capacité à négocier les compromis politiques dans les situations de paix. Quant à nous, nous vivons dans l’épaisse contradiction qui donne à une mentalité de parlementaire une légitimité autoritaire.

Ce ne serait toutefois pas si dommageable si les systèmes de légitimité autoritaire n’avaient pas le désavantage de vider les peuple de leur activité. Notre système cumule sous sa forme défaut des systèmes parlementaires  – la pusillanimité de leurs élites face à l’activité populaire – et le défaut des systèmes autoritaires – l’anémie du peuple face à l’activité des élites -. Tout sent la désaffection et la lassitude dans notre pays. Quels sont les ressorts d’une politique qui, maintenue dans l’inertie, ne parle plus à personne que le langage abstrait du management ? La technocratie parle à la technocratie, le peuple n’est plus qu’un chiffre : démographie, croissance, PNB, consommation. La communauté est dissoute. Nous savons déjà qu’une victoire nationale ne serait pas remise en cause par l’administration. Le média est le seul véritable ennemi pour sa capacité à se substituer à la réalité vécue.

Que reste-t-il de la contre-société gauchiste, si puissante dans ces médias, quand les manifestations de soutien aux clandestins de Calais doivent activer tous leurs réseaux en Europe, de l’Espagne à l’Allemagne en passant par l’Italie, alors même que cette nébuleuse d’associations est sous une permanente perfusion étatique ? Quand cette contre-société tombera, la constitution tombera avec elle dans l’apathie générale. Comme la constitution précédente, elle cherchera en vain des défenseurs. Elle aussi avait truqué les scrutins par la voie des apparentements qui laissaient aux partis le soin de se répartir les sièges ; elle aussi a déclenché un état d’urgence. Elle est morte de toutes ses gesticulations.

Cimon

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