Y a-t-il encore une politique française au Levant ?

 

Que ce soit sous l’Empire ou sous la République, la France est présente au Levant depuis au moins cent cinquante ans et entretient historiquement des liens privilégiés avec le Moyen-Orient. La diplomatie française de ces dernières années en est-elle consciente? Elle qui saborde les différentes tentatives de plans de paix, que ce soit en Syrie ou avec l’Iran, et par là ruine notre image dans cette région stratégique.

La « politique arabe » de la France remonte à Napoléon III. Au lendemain de la guerre de Crimée, en garantissant la protection des chrétiens d’Orient au sein de l’Empire Ottoman, l’empereur dame le pion au Tsar  et ouvre à la diplomatie française de larges horizons. La IIIe République poursuit cette orientation en s’implantant économiquement et financièrement au sein de l’empire moribond. Le Levant est alors vu comme la chasse gardée de la France. Le partage des dépouilles de l’empire ottoman entre Britanniques et Français au lendemain de la Grande Guerre marque naturellement l’apogée de l’influence française au Levant. Mais même après l’accession à l’indépendance du Liban et de la Syrie (respectivement en 1941 et en 1946), le Levant reste une terre de prédilection pour l’influence française.

 

Une politique jadis volontaire

Jusqu’à François Mitterrand, les présidents de la Ve République conduisent une politique volontaire au Moyen-Orient en suivant le précepte du Général de Gaulle d’équilibre entre les États arabes et Israël, position qui leur sera beaucoup reprochée. Mais au demeurant la France acquiert l’image d’une grande puissance indépendante des deux blocs de la guerre froide. Georges Pompidou profite de cette sympathie acquise dans la région pour mettre en œuvre une intense politique d’échanges commerciaux avec les États du Golfe (alors fréquentables) : armes contre pétrole. Le renversement de la situation se produit en 1991 lorsque la France intervient contre l’Irak aux côtés des États-Unis. La chose est vécue comme une trahison et l’image de la France dans le monde en pâtit très sensiblement.

Rien, depuis, n’a été fait pour restaurer l’idée d’une France recours et attachée à un ordre international. Pire, la politique que mène désormais la France au Levant est incompréhensible pour les États arabes qui cherchent en vain à y discerner une défense de nos intérêts. Comment expliquer la position depuis 2011 du Quai d’Orsay vis-à-vis d’une Syrie dont le régime n’a pas changé depuis 1970 et avec laquelle nous entretenions, dans l’ensemble, de cordiales et fructueuses relations ? Comment assumer la proximité de la France avec des États qui soutiennent presque ouvertement le terrorisme, pour qui nous ne représentons qu’un terrain d’investissement et qui nous retiennent par des promesses (souvent non tenues) de contrats commerciaux ?

 

La Ruine d’un Soft power 

Il y a 40 ans, le rayonnement de la France lui permettait d’endosser une position qu’elle n’aurait, sinon, pas pu revendiquer. Mais aujourd’hui, que c’en est fini de « l’Effet France », il ne reste que la force de notre armée et l’action de nos diplomates pour simuler une présence qui ne rassure plus. C’est bien la ruine d’un « soft power » que s’était échiner à construire le général de Gaulle. De défenseur des chrétiens d’Orient et recours impartial, la France ne semble plus que « amie des rebelles modérés ». Mais heureusement pour les orientaux, un autre État semble prendre cette place symbolique et historiquement fructueuse, et cet État est bien celui que nous avions débouté il y a un siècle et demi. La boucle semble bouclée.

 

Claude d’Autrel

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