Les cent cinquante ans de la bataille de Sadowa

La bataille de Sadowa, huile sur toile de Georg Bleibtreu (1869)

2016 marquait le cent-cinquantième anniversaire de la bataille de Sadowa. En décidant de l’issue du conflit entre la Prusse et l’Autriche, elle marqua également le renversement du rapport de force dans le monde germanique en faveur du royaume des Hohenzollern autour duquel allait s’effectuer l’unité de l’Allemagne.

            « Si nous sommes battus, je ne reviendrai pas. Je tomberai dans la dernière charge ».

Ces mots angoissés sont ceux de Bismarck le 3 juillet 1866, au moment où les troupes prussiennes rencontrent le gros de l’armée autrichienne non loin de la ville de Königgrätz. Au quartier général prussien, le général Helmut von Moltke reçoit la visite du roi de Prusse Guillaume Ier et de son chancelier Otto von Bismarck. Cependant les premières nouvelles qui arrivent du terrain sont défavorables. Un corps d’armée prussien est aux prises avec plusieurs armées autrichiennes qui les ont délogé du village de Sadowa. L’affaire semble bien mal engagée et Bismarck, qui a voulu et déclenché cette guerre, a conscience qu’un revers militaire signifierait l’échec de la politique qu’il mène depuis 4 ans ainsi que son exécution politique. Le chancelier de fer est l’instigateur de ce conflit court mais dont les conséquences seront immenses pour la Prusse, l’Allemagne et l’Europe tout entière. En 1862, lors de sa nomination comme ministre-président à l’occasion d’une crise entre le roi et le parlement, personne n’imagine que le vitupérant porte-parole des conservateurs va rester presque vingt ans au pouvoir. Personne ne peut concevoir non plus que sous sa férule, à l’issue d’une pièce conduite en deux actes, l’Allemagne toute entière va s’unir autour du royaume de Prusse. Et qu’après avoir vaincu les empires d’Autriche et de France et leur avoir imposé son diktat, après avoir agrandi son État de plusieurs grandes provinces et fait de son roi un empereur, il bâtisse un système dans lequel l’Allemagne sera non seulement le centre mais l’arbitre.

            La diplomatie prussienne prend dès son arrivée aux affaires un tournant particulièrement anti-autrichien. La Prusse, pense Bismarck, ne peut plus se satisfaire de la place qui est la sienne dans l’Allemagne depuis 1815. En 1864 un conflit commun oppose la Prusse et l’Autriche au Danemark qui, rapidement défait, cède le duché de Schleswig à la Prusse, ceux de Holstein et de Lauenbourg à l’Autriche. Mais sa véritable ambition est de bouter l’Autriche hors de la confédération germanique et, dès lors, il cherche la guerre. Comme plus tard en 1870, le chancelier manœuvre par des provocations pour que ce soit l’adversaire qui engage les hostilités, portant ainsi aux yeux des autres puissances la responsabilité de la guerre. Les cours d’Europe misent pourtant  largement sur l’Autriche qui dispose d’une armée plus nombreuse. En outre, la plupart des États allemands se sont rangés derrière elle. Cependant Bismarck s’est assuré l’alliance de l’Italie qui retient ainsi sur un autre front les meilleurs éléments de l’armée habsbourgeoise. Les Prussiens prennent l’initiative et écrasent rapidement les armées de Hanovre et de Bade tout en isolant la Bavière. En même temps le gros de leurs forces, rapidement massées grâce au chemin de fer, occupe la Saxe, dont l’armée bat en retraite, et pénètre en Lusace et en Silésie autrichiennes. Organisées en trois corps qui totalisent 250 000 hommes, les troupes prussiennes progressent en convergeant vers Prague. C’est le 3 juillet que se déroule la rencontre décisive avec l’armée autrichienne, forte de 100 000 hommes et renforcée des 30 000 hommes de l’armée saxonne.

            Pendant plusieurs heures le maréchal von Benedek, général en chef autrichien, n’aura à faire qu’avec une seule des trois colonnes prussiennes. Les Prussiens, malgré leur posture fâcheuse, n’en prennent pas moins d’assaut le village de Sadowa. L’artillerie adverse positionnée en arc de cercle et en hauteur leur cause de nombreuses pertes. Depuis leurs positions retranchées derrière l’Elbe, les Autrichiens contiennent les violents assauts prussiens qui ne parviennent pas à prendre un avantage décisif. Les généraux autrichiens, croyant en une victoire facile, refusent toutefois de prendre l’initiative d’une offensive généralisée, appuyée d’une charge de cavalerie, qui leur aurait assuré le succès. Ils craignent en effet le fusil Dreyse prussien qui, en se chargeant par la culasse et à la cadence de 8 coups par minute, est redoutable à courte portée. Ils perdent de la sorte un temps précieux qui permet à la dernière armée prussienne d’arriver sur le champ de bataille. En débouchant sur le flanc droit des Autrichiens en début d’après-midi, l’armée du Kronprinz fait basculer le sort de la bataille. Le dispositif de Benedek s’effondre et ce dernier ordonne la retraite. En faisant donner la cavalerie, il évite cependant une déroute totale. Mais trois semaines plus tard, les armées prussiennes campent à Nikolsbourg, à soixante kilomètres de Vienne, où les préliminaires de paix sont signés.

            L’Autriche admet l’annexion du Schleswig et du Holstein à la Prusse et surtout reconnaît la dissolution de l’ancienne confédération germanique. Elle donne « son consentement à une nouvelle organisation de l’Allemagne dont elle ne fera pas partie » et perd la Vénétie au profit de l’Italie. Bismarck réussit ainsi son ambition de créer une entente politique autour de la Prusse. Entente  entérinée par le traité signé le 18 août suivant qui crée une confédération des États d’Allemagne du Nord. En parallèle la Prusse annexe le Hanovre, la Hesse, le Nassau et la ville de Francfort, ancien siège de la  défunte confédération germanique. Il aura ainsi suffit de deux semaines d’opérations actives à la Prusse pour abattre d’un seul coup une des plus grandes puissances d’Europe. Un événement qui marqua le début de la domination prussienne sur le monde germanique, après cinq siècle de domination habsbourgeoise. C’était aussi pour l’Europe la fin d’un certain équilibre et pour la France l’apparition au-delà du Rhin d’une nouvelle menace bien disposée à unifier toute l’Allemagne par le fer et par le sang.

Claude d’Autrel

 

 

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