Où en est la Syrie ?

La fin de l’année 2016 a été pour la Syrie une période extrêmement riche en événements, autant d’indices qui marquent désormais une dynamique nettement en faveur du gouvernement et laissent espérer une issue du conflit à plus ou moins long terme.

Libération d’Alep : victoire militaire, et politique

La libération d’Alep est certainement la meilleure nouvelle et la plus grande victoire de la Syrie légitime depuis le début de la guerre. La reconquête d’une ville de plus d’un million d’habitants est à la fois une prouesse militaire, chèrement payée comme en témoignent les images de la ville éventrée, une victoire politique puisqu’elle marque désormais de manière explicite le retournement de situation en faveur de l’armée syrienne et enfin un symbole puissant puisque c’est la deuxième plus grande ville et l’ancienne capitale économique du pays qui est de retour dans le giron étatique. Mais si la reprise d’Alep est une victoire pour le peuple syrien, elle n’a sans doute été rendue possible que par le soutien logistique et militaire russe ainsi que par la participation active de bataillons de pasdarans iraniens et de combattants du Hezbollah libanais, qui excellent dans le combat urbain. Les scènes de liesse qui se sont déroulées dans la cité reconquise expriment, une fois de plus, dans quel camp est la population. Mais la bataille d’Alep a été traitée avec la mauvaise fois la plus totale par une grande partie des médias occidentaux. En se focalisant uniquement sur la partie Est de la ville, qui certes était bombardée, les cameras occidentales ont occulté les souffrances de même intensité de l’autre partie de la ville, elle aussi bombardée. En prenant ouvertement fait et cause pour les groupes rebelles, dont l’immense majorité n’est pas plus modérée qu’elle n’est démocrate, les médias occidentaux ont non seulement insulté un peuple qui souffre de manière atroce depuis cinq ans, mais se sont liés à des groupes qui ont les mains rouges de sang. Des groupes qui, dans Alep-Est, confisquèrent systématiquement l’aide humanitaire destinée à la population et ouvrirent le feu sur les civils qui tentaient de rejoindre les points de passage vers la partie libérée.

La chute d’Alep a eu des effets très négatif sur le moral et la cohésion des formations rebelles. Depuis quelques mois déjà, on observait des défections de groupes qui passaient dans le camp du gouvernement. Mais début janvier, c’est le chef de la plus grande tribu de Syrie, Nawaf al-Bachir, qui s’est officiellement rallié à Bachar al-Assad. Cette figure de l’opposition a déclaré que «les opposants syriens ne sont que des outils entre les mains de parties étrangères » confortant par là l’idée que le conflit n’est pas une simple guerre intra-syrienne pour la démocratie mais bien un conflit dont les causes sont politiques et économiques et dont les acteurs sont à chercher du côté de la péninsule arabique (et outre atlantique). Par ailleurs, le 6 janvier dernier, ce sont plusieurs centaines de rebelles du Sud du pays qui se sont ralliés à l’armée. La preuve en est que la dynamique politique et militaire est bien en faveur de Bachar al-Assad.

Une nouvelle donne stratégique

À présent, l’effort militaire syrien semble se porter vers deux points principaux. Vers Idlib tout d’abord, autre ville d’importance, située au Sud-Ouest d’Alep et qui incarne désormais le nouveau bastion des différents groupes djihadistes. Sa reprise semble un objectif difficile du fait du temps dont ont disposé les islamistes pour préparer leur défense. Son intérêt est cependant central puisque sa reconquête permettrait de sécuriser la région de Lattaquié qui est à majorité Alaouite et marquerait un grand pas vers la reconquête totale de la Syrie dite utile, à savoir les régions les plus peuplées et les plus dynamiques de l’Ouest du pays. De nombreux renforts de l’armée syrienne ont également été observés dans la région de Palmyre qui a été reprise par Daesh en décembre à la faveur de la concentration de l’armée syrienne à Alep et malgré les tentatives d’endiguement de l’aviation russe.

À Damas la situation humanitaire est actuellement très difficile puisque les habitants doivent survivre sans eau courante potable. En effet les terroristes du groupe Fatah al-Cham, ex Al-Nosra, ont empoisonné au fuel les sources d’eau qui approvisionnent la capitale et sa banlieue privant ainsi délibérément d’eau quelques six millions de personnes. On peut certainement le traduire comme représailles pour la reprise d’Alep et comme un message de refus de tout compromis, à l’heure des négociations entre le gouvernement et de nombreux groupes rebelles de la région.

Le retournement de la Turquie

À l’échelle régionale, on observe de profonds changements de positionnements diplomatiques qui peuvent expliquer certains ralliements. Par la signature d’un cessez-le-feu négocié par la Russie et la Turquie, cette dernière révèle au grand jour sont revirement total. Pressenti dès le changement de premier ministre au printemps 2016, ce grand retournement fait suite au refroidissement spectaculaire des relations avec Washington, qu’Erdogan accuse d’avoir fomenté le putsch manqué de juillet, ainsi que par la prise de conscience de l’évolution significative du rapport de force en Syrie. S’il ne signifie peut-être pas dans l’immédiat une rupture des liens avec les groupes présents dans le Nord de la Syrie qui servent les intérêts turcs en luttant contre les kurdes ou contre l’État islamique, il marque par contre la fin du soutien à ce dernier. Les derniers soutiens des terroristes syriens se retrouvent désormais de plus en plus isolés et il est fort possible que ce retournement de la Turquie soit une préfiguration des nouveaux rapports de forces à l’échelle de tout le Moyen-Orient.

Claude d’Autrel

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