Le roi d’au-delà l’Océan

Ils en rêvent la nuit, et, dans leurs songes les plus fous, atteignent un état proche de la béatitude quand semble se dessiner sa réplique, portée par les vents et les courants atlantiques sur le trône de France.

Il faut dire que le Roi d’au-delà l’Océan, Trudeau, second du nom, génère un attrait formidable pour les fils et filles spirituel-le-s qu’auraient pu engendrer ensemble Judith Butler et Edwy Plenel, Christiane Taubira et Michel Foucault, Rokhaya Diallo et Marwan Muhammad.

Le Roi Trudeau se pavane allègrement, le surnom qui lui est accolé par ses mille-et-un peuples ? « le Roi Caméléon ». L’aisance déconcertante avec laquelle il parvient à jongler d’une identité à une autre en avait été à l’origine ; un jour militant fièrement aux côtés de l’Ordre des Sexualités et de ses classifications prolifé- rant à l’infini, un autre participant avec entrain au grand banquet annuel – et toujours très folklorique – organisé par les désormais « minorités » chrétiennes.

L’adulation dont il est l’objet est somme toute équivalente à l’aversion que suscite son turbulent voisin du Sud, le despote de ce qui fut jadis l’Empire américain, Donald J. Trump. Élu à l’étonnement général face à une prétendante pourtant issue des lignages les plus confortablement installés, la Charte de candidature qui le hissa au pouvoir avait su faire écho aux aspirations souterraines et puissantes d’une population qui, trop longtemps embarquée contre son gré par le fleuve de l’Histoire, décidait enfin d’en remonter le cours.

Il aurait pu en être tout à fait autrement de cette adoration pour le roi Trudeau le jour où il décréta la mise en place d’un ministère du Grand Remplacement. Y voyant là une réminiscence de thèses complotistes et camusiennes (l’autre), la presse et l’élite françaises, tel Orphée, s’étaient empressées de détourner le regard du Royaume d’au-delà l’Océan jusqu’au jour où ils comprirent enfin qu’il ne souhaitait pas l’éviter, ce Grand Remplacement, mais en accélérer la concrétisation. Le Conseil du Roi était parvenu à obtenir l’aval du souverain pour le projet d’un « Canada de cent millions d’âmes », dessein et destin qui n’auraient su être possibles – étant donné la fertilité saharienne du peuple Leucos – sans l’apport bienvenu d’une aide extérieure. Par un mouvement inverse de celui qui des siècles plus tôt avait déporté des milliers d’Acadiens sous l’appellation de « Grand Déménagement », les dirigeants canadiens espéraient bien faire repentance du traitement infligé jadis à leurs Autochtones en enlaçant l’allochtone. Craint et tétanisant partout ailleurs, le Choc des civilisations ne faisait pas peur au Roi Trudeau, lui qui avait fait de l’absence totale d’homogénéité une identité en soi et pour soi. Il se voyait déjà en train d’agencer les nouvelles pièces du vaste puzzle culturel dont il était si fier. Seules quelques unes manqueraient encore à sa collection avant qu’il ne parvint enfin à réunir une humanité que la dérive wegenérienne des continents avait trop longtemps séparée.

Puissance en apparence tellurique si l’on en juge de par son étendue sur une mappemonde, c’est toutefois bel et bien sur des logiques internes propres aux espaces fluides que repose le Canada de Trudeau le Second. Fruit des va-et-vient ouverts par la percée des routes maritimes et la constitution de comptoirs, diffuseur d’un esprit d’exploration et d’une invitation à repousser l’horizon de par son immensité, le Canada ne saurait en effet reposer sur le paradigme d’enracinement et de limitation qui fut celui de ses populations primitives.

L’ultime projet du Roi Caméléon ? Achever le triomphe de sa Weltanschauung sur le Vieux Continent, cet espace qui, plus que jamais, était tenté par les carcans obsolètes de la frontière et de la nation. Mais il devait faire vite, car déjà l’Océan et ses vents portaient les germes de la funeste révolution mentale initiée par son voisin méridional…

Cart Broumet

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