La guerre de Tromelin n’aura pas lieu

Voici un brouillon égaré par un étudiant à la galerie Richelieu et que nous avons décidé de publier tel quel. Soucieux d’éviter le consensus, y compris chez ceux qui ne sont pas consensuels, l’auteur nous explique pourquoi il se fout cordialement de la souveraineté maritime française, comme d’ailleurs de beaucoup d’autres choses…

La fièvre monte en ce début d’année. On touche aux sacro-saintes frontières, aux restes de l’Empire. Dupont-Lajoie, qui ne rechigne jamais à se comporter comme la caricature dressée de lui par les gauchiasses, après avoir roté les dernières bulles de son champagne Lidl du nouvel an, se lance dans les imprécations, les discours guerriers. Il est allé rechercher le clairon de papy Gaston, qu’était dans les tranchées et qu’est mort d’une cirrhose du foie le lendemain de l’armistice de novembre 1918. Il parle de la terre sacrée de la patrie, de l’offense faite à la Nation, de la grandeur de l’âme française qui s’exprime dans l’étendue de nos territoires.

l’ile de Tromelin, un bout de terre inhabité au large de Madagascar

C’est beau, on dirait du Déroulède. Mais si Dupont-Lajoie est lyriquement patriotique, il est aussi un fin géopoliticien, géoéconomiste et géostratège; il s’est longuement documenté sur les blogs Internet, et nourrit sa page Facebook de longues considérations sur la puissance militaire de la France et sur l’importance des ressources halieutiques des eaux de Tromelin.

Car c’est bien de Tromelin qu’il s’agit, un caillou à la con niché dans le trou du cul de l’Océan Indien, dont personne, à commencer par Dupont-Lajoie et moi, ne connaissait l’existence il y a encore trois mois. L’île Maurice revendique la souveraineté de ce caillou, peuplé de trois tortues et deux cormorans? La belle affaire, c’est sûr que ça va nous manquer, je sens que je ne m’en remettrai jamais dans ma vie de tous les jours. Heureusement, Dupont-Lajoie veille, il a signé toutes les pétitions change.org qui circulent sur la sujet et est ravi depuis qu’il a découvert qu’un groupe de parlementaires de drouâte monte au créneau pour défendre bec et ongle la présence du drapeau tricolore sur l’île Tromelin. Et que les mauriciens se le tiennent pour dit: la France a certes perdu l’Indochine, perdu l’Algérie, elle ne perdra pas Tromelin! Et puis nous, on a l’arme nucléaire, d’abord. Et si la classe politique pourrie trahit encore le peuple, il y a moult généraux qui font parler d’eux dernièrement qui, on en est sûr, n’hésiteront pas à rééditer l’exploit de Salan, Zeller et compagnie… Ça aurait de la gueule, Tauzin et Piquemal en putschistes Comité de Salut Publique, non? Que l’anti-France tremble, le pays réel, après l’apéro anisé et le barbecue merguez, défendra la moindre parcelle de terre chérie. Cocorico.

Le misanthrope anonyme.

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