François Fillon, ecce homo

Le dépouillement a commencé, une rumeur enfle dans la masse qui se presse à la maison de la Chimie, Fillon serait en tête… Un peu plus tard dans la soirée, c’est officiel, François Fillon a battu Alain Juppé et sera le prochain candidat de la droite et du centre pour les élections présidentielles de 2017. La foule exulte, les jeunes chantent leur joie, le vin coule à flots, il serait aussi bon que le programme dit-on, et surtout meilleur que chez M. Juppé.

La primaire aura eu un mérite, elle a fait du ménage dans les rangs de la droite. L’ancien président honni est renvoyé à une retraite qu’il n’aurait jamais dû quitter et l’ultime tentative d’un dinosaure de la politique pour s’imposer est balayée. Encore une fois, les sondeurs se sont avérés être de bien piètres prophètes, la clique journalistique avait tout misé sur une victoire du grand sage Juppé mais les caves se sont rebiffé. L’identité heureuse prônée par Juppé a semble-t-il coûté cher, son arrière-goût de multiculturalisme n’y est pas pour rien. François Fillon a d’emblée assumé une ligne dure sur l’identité, n’hésitant pas à parler de problème avec l’islam. Ce choix doublé d’une prise de position plus ou moins hostile au mariage homosexuel lui a rallié une bonne partie de l’électorat de droite. Cet électorat qui voit dans l’immigration et l’islam un réel danger, matérialisé par les attentats qui ont eu lieu ces derniers temps et qui a été marquée par le passage en force du gouvernement socialiste sur le mariage homosexuel.

Les attentes de ce peuple de droite ont toujours été claires, Sarkozy les avait bien comprises lorsqu’il parlait de karcher, d’identité nationale ou d’immigration choisie. L’engouement pour le vote FN est l’ultime preuve, s’il en était encore besoin, de cette inquiétude identitaire qui a porté François Fillon. L’ancien président Sarkozy n’était plus crédible sur ce thème, son mandat présidentiel se soldant par un échec sur tous les tableaux et sur une incapacité totale à juguler le phénomène migratoire. Alain Juppé pour sa part s’est probablement fourvoyé dans une primaire qui n’était pas la sienne en se faisant le héraut du vivre ensemble et de valeurs progressistes. Sa tentative de tout jouer sur un programme libéral aura été un échec cinglant dont la sentence est sans appel.

Entre un excité prêt à tout pour être élu et la retraite tranquille, le choix aura donc porté sur le troisième homme que personne ne voyait jouer les trouble-fête, François Fillon. Mais si Sarkozy n’était plus crédible, est-ce que celui qui a été son Premier ministre pendant l’ensemble de son mandat l’est-il plus ? Le bilan ministériel de François Fillon, ou plutôt l’absence de bilan, ne joue pas en sa faveur, il peut toujours tenter de faire porter le chapeau à l’ex président mais ce serait un aveu de faiblesse. Un autre obstacle se dresse devant lui, son réveil identitaire tardif. A Matignon et dans sa carrière de député, le candidat de droite ne s’est jamais révélé être un fervent défenseur de la fermeture des frontières, expliquant même parfois que c’est un fantasme de l’extrême droite (sic). Les électeurs ne semblent pas lui avoir reproché ces atermoiements pour le moment, mais ses ennemis se préparent ; le FN a déjà commencé à tirer à boulets rouges sur ce revirement identitaire cependant que l’ensemble du spectre politique s’est attaqué à son programme économique.

Ce programme économique qui était passé quasi inaperçu n’est pourtant pas mince. De ses discours, on retenait le danger islamique et une volonté de passer pour le bon chrétien qui veut s’attaquer au mariage homosexuel (sans d’ailleurs nous en dire plus sur ce point). Les changements promis ne sont pourtant pas minces, de l’abolition du temps de travail à la remise en question de la sécurité sociale en passant par la remise en question des allocations chômage, personne ne saurait être indifférent. Certains qualifient ainsi son programme d’ambitieux, ses opposants en attendant ont trouvé un angle d’attaque idéal avec ce qu’ils qualifient de « casse sociale ». Une chose est sûre : l’ambition de Fillon semble pouvoir se concrétiser, mais pour être bien élu et ne pas être qu’un choix par défaut, il va devoir lisser son programme pour ne pas paraître le méchant libéral conservateur.

Frédéric Gawlowski

Auteur: Frédéric Gawlowski

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