2017 : vers la Chambre des dépités ?

Annexées de fait par les présidentielles, les élections législatives suscitent généralement un certain désintérêt, voire un vaste mépris au sein de l’opinion.

Pourtant, l’échéance de 2017 peut s’avérer déterminante pour la vie politique et les institutions françaises. Une étude publiée en juin dernier par Opinion Way fait apparaître que le FN sera sans doute en mesure de se maintenir au second tour dans la majorité des circonscriptions. On peut ainsi prévoir jusqu’à 150 triangulaires, ainsi que 80 duels entre le FN et la gauche, soit autant de sièges « gagnables » par le parti de Marine Le Pen, qui devrait obtenir au minimum soixante députés mais en espère bien davantage.

Quoi qu’il en soit, il sera temps, au soir du second tour, de dégainer les calculatrices face à cette assemblée tripartite. En effet, il est possible qu’aucun parti (et en particulier le vainqueur de la présidentielle) n’ait la majorité absolue (soit 289 sièges) à l’assemblée nationale. Cette situation, bien qu’elle corresponde à l’image que les rédacteurs de la constitution se faisaient de la Ve République, serait inédite depuis 1962.

Trois hypothèses s’affrontent alors quant à l’avenir des institutions françaises. Première hypothèse : la cohabitation. Elle est fortement probable en cas de duel entre un candidat de gauche et Marine Le Pen, tant leurs chances respectives de rafler 289 circonscriptions sont réduites. C’est pourtant pour éviter cette situation désagréable où le chef de l’État, d’un bord politique opposé au gouvernement, se retrouve par conséquent chef de l’opposition, qu’il a été décidé en 2000 que les mandats du président et des députés coïncideraient. Une nouvelle réforme constitutionnelle serait alors à envisager d’urgence.

Une seconde possibilité consisterait en une coalition traversant les clivages idéologiques, usage courant dans bien des pays européens, mais qui, en France, accoucherait certainement de scissions au sein des partis qui s’y livreraient. Cette option semble d’autant plus improbable qu’elle serait particulièrement embarrassante pour Les Républicains, contraints soit de gouverner avec le parti contre lequel ils promettaient une rupture, ce qui serait vu d’un très mauvais œil par les électeurs français, soit de franchir un Rubicon médiatique et idéologique face auquel ils ont toujours reculé : l’alliance avec le Front National.

Enfin, la dernière hypothèse, qui demeure la plus probable car il s’agit de celle qui ressemble le plus à un statu quo, est la nomination d’un gouvernement minoritaire. Celui-ci serait alors contraint, pour le moindre texte, de quémander les suffrages, tantôt à sa gauche, tantôt à sa droite, craignant sans cesse d’être renversé par une opposition désormais majoritaire. Il en résulterait un plus fort développement de l’activité parlementaire, et, par conséquent (mais faut-il réellement le craindre ?), un nouvel antiparlementarisme.

Pierre Tomballe

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *