Je Maintiendrai !

C’était un samedi, jour de lessive pour moi. Mon linge dans un sac de sport, je traversais la place Maubert où s’était tenu le matin même le marché du quartier; la glace des poissonniers déversée dans le caniveau répandait une puissante odeur de marée qui me rappelait une ex. J’entrai dans un lavomatic, démarrai le cycle du lave-linge, puis m’assis sur une chaise, sortis un bouquin et allumai un cigarillo.

Que n’avais-je pas fait là? J’aurais appelé au massacre des bébés phoques ou j’aurais expliqué pour qui j’ai voté aux dernières régionales, on ne m’aurait pas regardé avec plus de haine. Un hipster fragile fit une grimace appuyée derrière sa barbe à la con; une trentenaire bobo, le genre de connasse qui bosse au ministère de la Culture, poussait des petits couinements porcins en faisant mine d’éventer ma fumée; une gonzesse en tenue de jogging qui moulait agréablement ses jambons sortit de la laverie, l’air pincé, pour marquer de manière appuyée sonagacement provoqué  par mes volutes. Seule une « dame » énorme, qui ressemblait à un boudin noir géant enveloppé dans un boubou aux couleurs criardes, semblait ne pas faire attention à ce qui se passait autour d’elle, continuant à hurler au
téléphone dans son sabir.

S’ils avaient possédé une once de courage physique, j’imagine que ces clients du Lavomatic se seraient volontiers mués en Sanhédrin du Vème arrondissement et m’auraient condamné à la lapidation pour tabagie. C’est fascinant d’ailleurs de voir à quel point le fait de se balader clope au bec provoque désormais une réprobation véhémente parmi les masses charliesques; le dimanche matin au Luxembourg ou au Jardin des plantes, les joggeurs vous
fusillent du regard comme si vous attentiez à leur mode de vie puritain fait de running, d’apéros-tapas au guacamol bio, de vacances à Barcelone, d’art contemporain et de « front républicain ». Idem à la terrasse des bars: la boboïté
sûre d’elle-même et dominatrice s’affirme de plus en plus éhontément pour vous nuire, par bêtise et méchanceté, brandissant les étendards du « tabagisme passif »(sic) et du « droit des non-fumeurs » (re-sic).

A ces orchidoclastes je répondrais simplement la chose suivante: en nous expulsant des bars, vous avez creusé le déficit de la Sécu; en hiver, sortir fumer sa clope est un risque non-négligeable d’attraper une grippe. Dans le fond, c’est vous qui êtes nuisibles à l’intérêt collectif. Mais vouloir discuter avec des anti-tabac relève de la gageure: on ne peut opposer des arguments rationnels face à des hystériques qui vous stigmatisent en permanence, rêvent de vous marquer, par exemple à l’aide d’une étoile jaune cousue sur le vêtement, à l’intérieur de laquelle serait écrit en gros caractères « FUMEUR », avant de vous déporter et de vous enfermer dans des camps pour tabacophiles irrécupérables, puis de vous éliminer purement et simplement, au nom de leur sacro-saint mode de vie « sain ».

Alors que faire? Sacrifier aux nouvelles modes et adopter la très laide e-cigarette? Pente glissante et risquée… Que sera-ce après la e-cigarette, réputée plus « saine »? La e-andouillette, le e-vin rouge, le e-éclair au café? Vous vous voyez vraiment vivre dans un tel monde? Résistance, encore, toujours, face à l’invasion hygiéniste, ne
jamais capituler, et proclamer à la face des pisse-froid castrés vegan et sociauxdémocrates, en leur soufflant un bon nuage de fumée de tabac brun dans leur sale gueule, la devise du prince Guillaume d’Orange: « Je Maintiendrai » !

NB: Je rappelle cependant que la consommation de tabac est dangereuse pour la santé et que ce billet n’est en aucun cas un encouragement au tabagisme. Ceci étant dit pour se concilier les bonnes grâces du Ministère de la Santé qui ne manquera pas, j’en suis certain, de donner quelques subsides à la Camisole…

Clovis Deforme

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