Le petit Nicolas éliminé de la lutte des classes

Avant qu’il n’entre en primaire, tout le monde aimait le petit Nicolas.

Il avait même réussi à être élu délégué de classe, même si tout le monde sait bien que c’est parce que Patrick lui avait conseillé de copier sur Jean-Marie. Mais c’était quand même lui le chef, alors personne n’osait dénoncer ses bêtises, surtout François, son collaborateur, qui faisait toutes les mauvaises farces avec lui.

Depuis qu’il s’est fâché avec Nicolas, François aussi est allé en primaire et ses résultats récents ont montré qu’il avait un meilleur bulletin que Nicolas et Alain.

Alain c’est le premier de la classe mais tout le monde se moque de lui parce qu’il est plus vieux que les autres (il est de la vieille école) et, du côté droit de classe, où se sont mis tous les cancres, on le surnomme «Ali». Mais Alain, on n’a pas le droit de le taper, parce qu’il a des minettes (venues des mêmes grandes écoles que lui) : il faut dire qu’il est aussi le chouchou des maitresses. Il fait exprès d’être toujours bien sage car il sait que c’est toujours un peu les maitresses qui décident.

Tout le monde ayant décidé d’être délégué de classe, les maitresses ont décidé d’interroger les élèves par oral à la télé. On a bien rigolé : Nicolas a promis une double ration de frites à la cantine et Alain qu’il allait ramener l’«identité heureuse™» de chez Prisunic. Bruno a fait remarquer que son prénom rimait avec « renouveau », et s’est vraiment fâché tout rouge quand on lui a dit qu’il aurait en dessous de 10 et que, par conséquent, «Bruno» rimait plutôt avec «zéro» ou «caniveau».

Pendant la mise en examen générale, la tête-de-turc de tous ceux qui voulaient devenir Calife à la place du Calife, était bien entendu le petit Nicolas, que tous ses anciens copains dénonçaient en disant : « ce n’est pas moi, c’est lui ! ». François a demandé si on pouvait imaginer le général de Gaulle mis en examen et la maitresse l’a mis mal à l’aise en lui demandant s’il avait l’alibi nécessaire pour répondre aux accusations de Ziad. Pendant les débats, tous les élèves ont tapé sur le petit Nicolas comme sur un punching-ball et même Jean-François, qui n’est pas souvent courageux, lui a collé une droite décomplexée.

A la récré, pendant les pubs, tout le monde révise avec ses copains, sauf Jean-Frédéric, que ça ne dérange pas de répondre qu’il ne sait pas et qui préfère aller fumer des cigarettes en cachette.

Nathalie aussi fume, beaucoup, mais personne ne sait exactement quoi.

Enfin, dimanche, la décision est tombée : les maitresses ont annoncé que le petit Nicolas, à défaut d’avoir su faire l’école buissonnière, n’était plus en primaire désormais…

Pierre Tomballe

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