Les youtubeurs nous entubent…

Beaucoup d’étudiantes et d’étudiants semblent manifester un (mauvais) goût certain pour l’humour des « youtubeurs », ces jeunes gens qui monologuent face à leur web-cam sur des problèmes du quotidien en faisant des blagues poussives, pour ne pas dire vaseuses et imbéciles, et qui paient des armées de cliqueurs asiatiques pour faire monter le nombre de « likes » sur leurs vidéos et ainsi être rétribués par Youtube.

Ayant un train de vie princier et dépensier (n’aimant guère faire la queue au Restau-U Mazet pour de la nourriture infecte, j’ai une table réservée à la semaine à la Tour d’Argent; c’est meilleur mais plus cher… de même, à la compagnie des petites Sorbonnardes moyennes, je préfère la compagnie d’escort-girls de luxe du VIIIème arrondissement, plus belles physiquement, plus élé- gantes, et techniquement plus expertes en ce qui concerne la bagatelle; là encore, la prestation est certes de meilleure qualité mais il faut y mettre le prix…), j’ai souvent besoin de fric; je me suis donc mis aussi à cette forme d’humour narcissique sur Internet, pour parler du joint-caoutchouc de ma cafetière italienne qui m’a lâché, de mon chat qui pisse dans mes plants de basilic, du stress pré-partiels ou des sachets de nouilles à réchauffer au four à micro-ondes. Je vous invite d’ailleurs à aimer mes vidéos et à vous abonnez à ma chaîne.

Comme je suis drôle, faussement corrosif et que je paye bien des petits Chinois pour «liker» mes vidéos, j’ai un certain succès, ce qui naturellement m’a permis d’être invité à la convention annuelle des youtubeurs, quelque part sur la côte basque. Séjour catastrophique : voulant visiter l’arrière-pays en voiture, je me perdis dans les montagnes, ayant confondu les panneaux Itchxeçaraza et Itzutxarazza, et ne comprenant rien ni à l’accent ni au sabir des autochtones auprès de qui je quémandai de l’aide. Le piment d’espelette me provoqua des désordres digestifs dantesques. Quand je voulus m’initier au surf, il se mit à faire un temps dégueulasse.

La convention en elle-même ne fut guère plus brillante : Armand-fait-des-vidéos se révéla un petit con insupportable, faisant des caprices commeseules les petites filles de riches mal-élevées et les asexués hystériques savent en faire ; Diego-tout-seul ne pensait qu’au cul, Pat’&Joël ne parlaient que droits d’auteurs, royalties et stratégie de com’ ; je collai une baffe à Ségolène-te-parle car je ne comprenais rien à ce qu’elle disait tellement elle articule mal avec sa voix de casserole. Je boycottai le spa de l’hôtel, la vue de la cellulite précoce de Fatou et la tête d’abruti heureux de son copain Tin-Mar m’étant pénibles, et essayai le hammam. Trois youtubeurs y faisaient le petit train. Lassé, je quittai la convention, rentrai à Paris, convaincu de m’être fait entuber par les youtubeurs, ainsi que du caractère fondamentalement minable de ce microcosme, à l’humour débile et satisfait, tout juste bon à divertir un public de crétins moyens.

Mais si vous avez en main cet excellent numéro de l’excellente Camisole, c’est qu’a priori vous n’êtes pas un crétin moyen. C’est encourageant, on fera peut-être quelque chose de vous plus tard… Et si vous voulez plus d’articles, vous pouvez vous abonnez à notre chaîne, ou bien «liker» notre page Facebook, aller sur notre site lacamisole.fr ou nous suivre sur Twitter…

Clovis Deforme

Auteur: Clovis Deforme

Né à la fin du XXème siècle. A rejoint la Camisole en 2015. Elu à l'Académie française en 2058.

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