Oncle Sam est méconnaissable

Rares sont les analystes qui parviennent à expliquer le « phénomène » Donald Trump aux États-Unis. L’étude « The next America », qui fit grand bruit quand elle fut publiée en 2014 par le Pew Research Center, permet d’apporter quelques éléments de réponse. Selon cette étude, les États-Unis vont connaître un bouleversement démographique sans précédent dans les années à venir. Ainsi, si les Blancs atteignent 64% de la population amé- ricaine en 2010, ce nombre devrait tomber à 43% en 2060. Principale source de cette évolution, l’augmentation du nombre d’Hispaniques, qui seraient 31% en 2060, contre 13% actuellement.

Cette évolution démographique s’accompagnera immanquablement d’un bouleversement politique équivalent. L’étude nous apprend qu’en 2012, les Noirs ont voté à 93% pour le démocrate Obama, tout comme les Hispaniques à 71%. Les Blancs sont la population la plus divisée, avec 59% des suffrages pour le républicain Romney. Si l’on ajoute à cela le fait que les jeunes Américains ont beaucoup plus tendance que leurs aînés à voter démocrate, on comprend que l’avenir du parti Républicain est très compromis, à moins d’une véritable révolution idéologique qui reviendrait à le dénaturer.

Ces éléments permettent d’éclairer la réussite de Donald Trump au sein du parti Républicain. En concentrant sa campagne sur le vote des WASP – les White anglo-saxon protestant, ces premiers immigrés qui donnèrent son visage aux États-Unis depuis l’accostage du Mayflower en 1620 jusqu’à nos jours – il s’est assuré une victoire éclatante dans un parti où cette population est encore très majoritaire. L’instauration d’un débat identitaire, voir suprémaciste, a joué un rôle déterminant dans la victoire de Donald Trump aux primaires, parce que les WASP, conscients de leur perte d’influence liée notamment à l’évolution démographique des États-Unis, ont vu dans ce candidat leur dernière chance de renverser la vapeur.

Mais ce choix arrive trop tard pour ne pas être désespéré. Même face à un candidat aussi médiocre qu’Hillary Clinton, il lui sera impossible de séduire les électeurs qu’il a passé son temps à insulter (femmes, hispaniques, musulmans…). Or cette séduction est nécessaire pour rallier les «Swing states», ces États qui peuvent passer d’un camp à l’autre à chaque élection, et dont dépend la victoire finale. Reflet de l’évolution de la société américaine, le succès de Donald Trump au sein du parti Républicain s’apparente bel et bien à un baroud d’honneur pour les WASP, c’est-à-dire à un combat qu’ils savent perdu d’avance, mais qu’ils se font un devoir de mener. Leur défaite est totale sur les plans culturel, religieux, démographique, politique. Arrivés au terme de leur rêve américain multiculturel, les WASP sont sur le point de se réveiller dans un pays catholique, hispanophone et socialiste. Un pays où ils ne seront plus qu’une minorité parmi d’autres.

Louis d’Armor

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