Donald Trump et le retour du rêve américain

« Make America great again ! » tel est le cri de guerre d’une Amérique qui se sent déchue et qui voit le XXIe siècle lui échapper. C’est contre ce déclin annoncé que Donald Trump a axé sa campagne, il veut réenchanter le rêve américain et éviter la fatalité d’une Amérique désindustrialisée.

Donald Trump candidat républicain pour devenir le prochain président des États Unis d’Amérique, qui aurait pu croire cela il y a seulement un an ? Aucun sondage ne le voyait emporter la primaire républicaine, l’establishment de son propre parti ne l’a jamais soutenu et aujourd’hui encore des pontes du GOP refusent de soutenir sa candidature ; tout semblait perdu d’avance. Mais Donald Trump est un homme d’affaires, l’adversité ne lui fait pas peur. Au contraire elle le motive. La richesse dont il a héritée il n’a pas hésité à la risquer dans différentes affaires, il a connu des faillites mais a toujours su se relever. Souvent décrit comme un homme mégalomane, menteur invétéré et ne sachant pas se dominer il est avant tout le stéréotype de l’américain fortuné, riche entrepreneur, faisant campagne avec son propre jet privé -Trump Force One-, sa femme est un mannequin d’Europe de l’Est, il a même produit des émissions de télé réalité dont il fut lui-même la star. L’exubérance est sa marque de fabrique, tout l’inverse des hommes politiques auxquels nous sommes habitués ! Mais l’américain moyen aime ça, il en redemande même, il voit en lui le rêve américain perdu, la possibilité d’aller et venir comme vous êtes, de perdre et de pouvoir se refaire en rêvant d’amour, de gloire et de beauté.
Sa personnalité ne fait pas tout, son discours convainc aussi, son électorat se compose d’Américains WASP moyens qui sentent qu’ils sont les grands perdants d’une mondialisation qui a fait fuir l’industrie en les condamnant au chômage. Dans un univers politique qui ne s’intéresse qu’aux accords de libre-échange favorisant les délocalisations et à la défense de minorités se proclamant oppressées, cette masse de déclassés est oubliée. Ceux que l’on se plaît à dénigrer dans tout l’Occident, ceux qui sont sortis du système scolaire sans diplôme, qui ne font partie d’aucune minorité, qui ont perdu leur emploi, que Madame Clinton n’a pas hésité à nommer « the deplorables » ceux-là se sentent abandonnés. Ces gens écoutent Trump car il leur parle de leurs problèmes, il leur explique qu’il n’y a pas de fatalité dans le déclin de l’industrie, qu’elle n’est que la conséquence de la concurrence déloyale encouragée par des accords internationaux comme l’ALENA ou encore le projet TAFTA contre lequel il a pris position dès le début de sa campagne laissant sa concurrente s’embourber avant de s’opposer par électoralisme. Ces habitués de l’abstention pourraient être la clef du scrutin. En effet pendant les primaires républicaines Trump a réussi à mobiliser au-delà de la base habituelle du parti Républicain, reste à savoir s’ils se déplaceront le 8 novembre.
Le franc-parler de Donald Trump est son signe distinctif il cherche à nous choquer afin de ne laisser personne indifférent, il veut mettre à bas le politiquement correct comme beaucoup de journalistes ou hommes politiques de chez nous prétendent le faire sans oser vraiment par crainte d’une mise à mort médiatique. Ce discours tombant parfois dans la vulgarité permet à son électorat de mieux s’identifier à lui. Ceux-là qui n’arrivent pas à se reconnaître dans une classe politique trop policée qui n’arrive pas à être ferme par recherche du consensus. L’identification de sa base électorale va plus loin, il montre une réelle préoccupation identitaire dans un pays que l’on a l’habitude de présenter comme étant le fruit d’un brassage de populations ayant créé une identité qui lui serait propre à partir de vastes mélanges. Il présente cette élection comme le baroud d’honneur de ceux qui ont fondé l’Amérique, les Européens émigrés, il se veut un exemple de ces fondateurs en étant lui-même né d’une mère écossaise et ayant des grands parents paternels allemands.

Cette thématique identitaire n’est pas anodine, la campagne de Trump pour les primaires républicaines a mobilisé ceux qui restent habituellement à regarder les élections devant leur télévision. Maintenant, est-ce que ce mouvement sera pérenne ? Si il l’est Trump n’est que le début d’une transformation du parti Républicain, certains analystes américains ne voient en Trump que le début d’une longue série de candidats qui se radicaliseraient. Le résultat de l’élection importe peu, si cette masse se met en mouvement l’establishment sera de toute façon dépassé et une nouvelle génération de Républicains verra le jour. L’enjeu de cette élection n’est donc pas à voir qu’avec le prisme de la présidence américaine mais avec celui de l’évolution globale politique du pays et plus particulièrement du parti Républicain.
Pour Trump la place de l’Amérique dans l’ordre international est différente de la celle conçue jusqu’à aujourd’hui, il a une vision des relations internationales en adéquation avec sa personnalité, il se voit gérer les États-Unis comme un chef d’entreprise, la diplomatie ne servirait donc pas à libérer les peuples opprimés mais à vendre la marque. L’armée américaine serait ainsi un instrument servant à garantir la prédominance économique de l’Amérique dans le monde, rien de nouveau semblerait-il de ce côté-là. L’innovation réside dans le fait d’assumer cet usage du hard power au bénéfice de l’économique sans revendiquer une émancipation des peuples. Ainsi il explique qu’en matière de politique internationale, il discuterait sans aucun souci avec Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad, position très atypique dans son pays. Il ne se propose pas d’exporter la démocratie libérale dans le monde entier comme ses prédécesseurs.
Un autre point intéressant est sa vision de l’ordre mondial, il estime que la contrepartie d’une assurance militaire des États-Unis pour un certain nombre de pays est la participation financière de ceux-ci à leur effort de défense. Les pays de l’OTAN devraient ainsi choisir entre assurer eux-mêmes leur défense ou bien payer pour cette assurance militaire. La position du vassal payant un tribut à son seigneur pour sa protection n’en serait que plus évidente. Espérons que dans ce cas de figure l’Europe de la Défense pourrait passer du statut de projet mort-né à celui de réalité. Cela nous permettrait ainsi de reprendre une part de notre souveraineté perdue et peut-être même à la France de reprendre la place qui est la sienne dans l’ordre européen grâce à sa puissance militaire relativement importante en Europe.

Frédéric Gawlowski

 

Auteur: Frédéric Gawlowski

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